Extrait de l'article "Ce que nous a appris l'Affaire Kachelmann publié dans "Emma" et signé Alice Schwarzer (traduit par Euterpe).
(...)
La pulsion de s'identifier au plus fort n'est pas loin. En effet ceux ou celles qui, dans ce pays, prennent les faibles au sérieux ont intérêt à s'habiller chaudement. Ils deviendront vite eux-mêmes des victimes. C'est ce que nous avons du furieusement constater lors du procès Kachelmann. Des thérapeutes au procureur en passant par moi (A.S, a assisté à tout le procès n.d.l.t.).
Non, ce n'était pas un procès loyal et le jugement n'a assurément consolé personne (Kachelmann a été acquitté au bénéfice du doute n.d.l.t.). C'est plutôt le contraire. Néanmoins il y a un certains nombres de lecons à tirer. Et pas seulement que les femmes vont devoir plus que jamais se méfier et se garder de ne pas se faire laminer sur le parcours.
On a pu aussi mesurer à quel point la position de l'accusé est problématique en droit allemand. Elle est très forte - et dans une affaire de ce genre - elle l'est au dépend de la (présumée) victime. Cette constellation à ces racines dans l'état de non-droit de la période nazie. En réaction contre elle, la justice a renforcé la position de l'accusé.
Or quand il s'agit d'un crime sexuel c'est la victime qui est sans contexte désavantagée. Car les accusés sont en règle général des hommes qui sont la plupart du temps dans une position supérieure socialement et économiquement aux victimes fragilisées, la plupart du temps des femmes et des enfants.
L'accusé à le droit de se taire, les victimes l'obligation de parler, parler, parler, l'obligation de se justifier. Pas de doute : le droit allemand est favorable à l'accusé. Cela aussi doit changer. Et la position de la victime doit être d'urgence renforcée.
Dans les crimes sexuels, il n'y a forcément presque jamais de témoins, dans le cas de violences intrarelationnelles encore moins. Si les traces ne sont pas indiscutables - il y a de plus à ce niveau un degré élevé d'interprétation - il n'est alors plus question que de crédibilité. L'accusé a en sa faveur, comme il a été répété à la manière d'un mantra : la "présomption d'innocence". En principe il n'y aurait rien à redire à cela mise à part ceci : qu'est-ce que la victime a, elle ?
Dans l'affaire Kachelmann par exemple la femme n'a pas seulement témoigné à maintes et maintes reprises auprès de la police, du procureur et du tribunal. Elle a même accordé l'accès au tribunal du compte-rendu intime de sa thérapie -c'est-à-dire de jeter un oeil au tréfond de son âme. Elle s'est laissée volontairement expertiser sur sa "crédibilité". Et pour apporter les preuves de ce qui s'est passé une nuit de sa vie, cette jeune femme de 37 ans s'est mise à nue jusqu'aux os et a dévoilé toute sa vie.
Cette "expertise de crédibilité" de la prof. Luise Greuel comporte pas moins de 130 pages : de la naissance aux premières règles, de ses rapports avec ses parents à ses relations sentimentales, etc...avec quel résultat. Aucun. Seulement un "c'est possible mais pas sûr"... car une telle "expertise de crédibilité" n'a absolument pas l'exigence de témoigner de quoi que ce soit sur la véracité de l'accusation mais seulement de la crédibilité de la personne. Or, même une menteuse peut être violée. En résumé : les expertises de crédibilité sont totalement inutiles, une torture pour les victimes qui les subissent et, en cas de doute, ils se retournent à la plus petite contradiction contre elles.
Et cette tendance qu'ont les juges depuis quelques années de déléguer la responsabilité du jugement aux experts a montré également ces limites. En fin de compte c'est aux juges de juger - et non, comme dans l'affaire Kachelmann, aux experts payés par la défense.
Mais sans même parler de la vérité qui n'est pas toujours criante, ce genre de procès est un vrai bras de fer. Et cette femme était depuis le début du mauvais côté. Faible, blessée et mal conseillée.
Le moindre expert qui a vaguement insinué que cette femme pourrait dire la vérité s'est fait complètement descendre. Le thérapeute, prof. Günter Seidler s'est fait traiter de "charlatan" pour avoir évoqué l'aspect psychologique dont il se serait agi de tenir compte et qui, selon les recherches internationales en victimologie, ferait qu'un être humain traumatisé par des actes violents peut avoir des trous dans ses souvenirs.
Là non plus personne ne s'est donné la peine de stopper la diffamation dirigée consciemment par l'avocat Schwenn.
De la défense, cette femme n'avait bien entendu pas à attendre de pitié. Car la défense d'une personne soupconnée de crime sexuel et qui le nie catégoriquement ne peut que coûter cher à la victime. Cependant indépendament de la vérité sur cette nuit en question- qui est restée non éclaircie - il a été assez démontré que la relation de Kachelmann avec les femmes témoigne non seulement d'un absolu manque de scrupule mais aussi d'un sadisme sévère. Avec son avocat arrogant et plein de mépris pour l'humanité, l'hambourgeois Schwenn, il s'est trouvé idéalement servi. La jeune femme en a pris plein la figure et cela le plus publiquement possible.
(...)
Pour en savoir plus sur l'affaire Kachelmann ici
(des bigotes, des putes et des guenons qui mangeons des bananes)
ANgrywOmeNYMOUS
lundi 18 juillet 2011
dimanche 17 juillet 2011
samedi 16 juillet 2011
Lettre ouverte à Cyrus Vance
Lettre ouverte au procureur Cyrus Vance par le sénateur Perkins trouvée chez Emelire
très lamentablement traduite par mes soins (la langue que je traduis habituellement est l'allemand non l'anglais).
Corrigée avec brio par hypathie.
Dear District Attorney Vance:
De récents comptes-rendus de nouvelles, la semaine dernière, à travers toutes les formes de médias ont généré deux soucis majeurs.
Recent news reports this past week across all forms of media have generated two major concerns.
D'abord, il y a des allégations qui sapent le caractère et la crédibilité de la victime.
First, there have been allegations undermining the character and credibility of the victim.
Ensuite, il y a des craintes de voir le bureau du Procureur ne pas poursuivre sérieusement l'affaire ou pire, de le voir l'abandonner. Second, there is growing fear that the District Attorney's office will not vigorously pursue the case or even worse, dismiss it).
En ce qui concerne la première inquiétude, les histoires qui circulent dans la presse nationale et internationale jettent un voile obscur sur l'intégrité et la crédibilité de la victime, allant jusqu'à faire penser qu'elle est une criminelle elle-même. En faisant cela, on justifie le rejet de sa plainte, cela sert à écarter prématurément l'affaire en rejetant efficacement la faute sur la victime.
With respect to the first concern, stories throughout the national and international press have cast a dark cloud upon the integrity and credibility of the victim to the extent that it appears as if she has been criminalized. In doing so, justification is being created; it appears to dismiss the case prematurely effectively demonizing her.
Et cela suggère que l'accusé peut être disculpé en dépit de toutes les preuves médico-légales accumulées, évidences qui le désignent précisément et directement comme coupable.
Moreover it even hints that the accused will be exonerated in spite of evidence specifically and directly related to the incident that points to him as the perpetrator.
Il est clair que ces déclarations de "sources anonymes" à l'identité non révélée dans divers médias rendent caduques la crédibilité de la victime et servent à démontrer qu'elle n'a pas été agressée d'une part, et d'autre part démontrent qu'elle est totalement abandonnée par votre bureau qui a pour mission de la protéger elle, et les autres femmes victimes sur des charges similaires.
Notwithstanding, these claims in various media from "unrevealed" and "anonymous sources", maligning the credibility of the victim inappropriately serves as a basis for demonstrating that she was not sexually victimized and serves further to demonstrate that she has been totally abandoned by your office, who are sworn to protect her and other women who are similarly victimized on at regular basis.
Rien de ce qui a été mentionné dans les médias ne dit que cette femme n'a pas été violée, ni qu'il y ait des raisons pour que la cour et le système judiciaire tout entier l'abandonne. En effet, il semble qu'il y ait suffisamment de preuves tangibles rassemblées en faveur des allégations de la victime au bureau du Procureur pour qu'il poursuive l'affaire.
None of what is mentioned in the media says that this woman was not raped nor does it justify that the courts and the judicial system abandon her. Indeed, there appears to be enough compelling physical evidence in support of the victim's allegations for the District Attorney's office to move forward with the pursuit of this case.
Rien de ce qui a été mentionné dans les médias ne dit que cette femme n'a pas été violée, ou ne justifie en aucun cas un abandon de sa plainte par le système judiciaire. Il y a réellement des preuves physiques de l'agression qu'elle dit avoir subie et qui justifient que le bureau du Procureur poursuive son enquête. Rien de ce qui a été dit n'annule les charges d'agression sexuelle.
Nothing that has been said speaks to the original charges of forced, unnconsensual sex.
Pour préserver le principe d'un procès, la décision d'y apporter les charges doit être décidée en fonction de leurs valeurs, pas en fonction du caractère de la victime. Si le procès est abandonné, dans ce cas la justice aura été bafouée.
To preserve the principle of due process, the decision to bring charges should be decided on its merits, not the character of the victim or the victimizer. If anything less than due process is delivered in this case then justice will have been unduly denied.
Cela ne fera que confirmer le cynisme de la société, et les craintes qu'ont de nombreuses femmes à parler lorsqu'elles ont été violées. Selon les termes d'un leader religieux de la communauté africaine "une fille de Mama Africa a été violentée, sa dignité lui a été retirée, elle est déshonorée publiquement par les médias. Il n'est pas étonnant que les victimes de viol ne portent pas plainte".
This will only confirm the cynicism and fears many women have of coming forward when they have been violated. In the words of one of the religious leaders in the African community "a daughter of Mama Africa has been violated and her dignity snatched and she is disgraced/dishonored publicly by the media. No wonder rape victims don't report rape."
Sincerely,
Bill Perkins, Senator
30th Senatorial District
New York
très lamentablement traduite par mes soins (la langue que je traduis habituellement est l'allemand non l'anglais).
Corrigée avec brio par hypathie.
Dear District Attorney Vance:
De récents comptes-rendus de nouvelles, la semaine dernière, à travers toutes les formes de médias ont généré deux soucis majeurs.
Recent news reports this past week across all forms of media have generated two major concerns.
D'abord, il y a des allégations qui sapent le caractère et la crédibilité de la victime.
First, there have been allegations undermining the character and credibility of the victim.
Ensuite, il y a des craintes de voir le bureau du Procureur ne pas poursuivre sérieusement l'affaire ou pire, de le voir l'abandonner. Second, there is growing fear that the District Attorney's office will not vigorously pursue the case or even worse, dismiss it).
En ce qui concerne la première inquiétude, les histoires qui circulent dans la presse nationale et internationale jettent un voile obscur sur l'intégrité et la crédibilité de la victime, allant jusqu'à faire penser qu'elle est une criminelle elle-même. En faisant cela, on justifie le rejet de sa plainte, cela sert à écarter prématurément l'affaire en rejetant efficacement la faute sur la victime.
With respect to the first concern, stories throughout the national and international press have cast a dark cloud upon the integrity and credibility of the victim to the extent that it appears as if she has been criminalized. In doing so, justification is being created; it appears to dismiss the case prematurely effectively demonizing her.
Et cela suggère que l'accusé peut être disculpé en dépit de toutes les preuves médico-légales accumulées, évidences qui le désignent précisément et directement comme coupable.
Moreover it even hints that the accused will be exonerated in spite of evidence specifically and directly related to the incident that points to him as the perpetrator.
Il est clair que ces déclarations de "sources anonymes" à l'identité non révélée dans divers médias rendent caduques la crédibilité de la victime et servent à démontrer qu'elle n'a pas été agressée d'une part, et d'autre part démontrent qu'elle est totalement abandonnée par votre bureau qui a pour mission de la protéger elle, et les autres femmes victimes sur des charges similaires.
Notwithstanding, these claims in various media from "unrevealed" and "anonymous sources", maligning the credibility of the victim inappropriately serves as a basis for demonstrating that she was not sexually victimized and serves further to demonstrate that she has been totally abandoned by your office, who are sworn to protect her and other women who are similarly victimized on at regular basis.
Rien de ce qui a été mentionné dans les médias ne dit que cette femme n'a pas été violée, ni qu'il y ait des raisons pour que la cour et le système judiciaire tout entier l'abandonne. En effet, il semble qu'il y ait suffisamment de preuves tangibles rassemblées en faveur des allégations de la victime au bureau du Procureur pour qu'il poursuive l'affaire.
None of what is mentioned in the media says that this woman was not raped nor does it justify that the courts and the judicial system abandon her. Indeed, there appears to be enough compelling physical evidence in support of the victim's allegations for the District Attorney's office to move forward with the pursuit of this case.
Rien de ce qui a été mentionné dans les médias ne dit que cette femme n'a pas été violée, ou ne justifie en aucun cas un abandon de sa plainte par le système judiciaire. Il y a réellement des preuves physiques de l'agression qu'elle dit avoir subie et qui justifient que le bureau du Procureur poursuive son enquête. Rien de ce qui a été dit n'annule les charges d'agression sexuelle.
Nothing that has been said speaks to the original charges of forced, unnconsensual sex.
Pour préserver le principe d'un procès, la décision d'y apporter les charges doit être décidée en fonction de leurs valeurs, pas en fonction du caractère de la victime. Si le procès est abandonné, dans ce cas la justice aura été bafouée.
To preserve the principle of due process, the decision to bring charges should be decided on its merits, not the character of the victim or the victimizer. If anything less than due process is delivered in this case then justice will have been unduly denied.
Cela ne fera que confirmer le cynisme de la société, et les craintes qu'ont de nombreuses femmes à parler lorsqu'elles ont été violées. Selon les termes d'un leader religieux de la communauté africaine "une fille de Mama Africa a été violentée, sa dignité lui a été retirée, elle est déshonorée publiquement par les médias. Il n'est pas étonnant que les victimes de viol ne portent pas plainte".
This will only confirm the cynicism and fears many women have of coming forward when they have been violated. In the words of one of the religious leaders in the African community "a daughter of Mama Africa has been violated and her dignity snatched and she is disgraced/dishonored publicly by the media. No wonder rape victims don't report rape."
Sincerely,
Bill Perkins, Senator
30th Senatorial District
New York
vendredi 15 juillet 2011
Strauss-Kahn et autres - Le viol est une affaire politique

En Amérique il passe pour un Hate Crime - ici il est traité comme une "affaire privée"
Quand dans le Brandebourg ou en Bavière ou je ne sais où en Allemagne, un turc, un asiatique ou un africain se fait tabasser par des néonazis, ce n'est pas seulement un drame humain, mais pour les médias aussi bien que pour les gens, c'est une affaire politique : une expression du racisme, une honte pour l'Allemagne, quelque chose qu'il faut à tout prix combattre. Lorsque devant la synagogue de Francfort, d'Osnabrück, de Berlin ou peu importe laquelle, des types de droite ou des islamistes tabassent un juif, ce n'est pas seulement un drame humain mais pour les médias ainsi que pour les gens, c'est une affaire politique : une expression de l'antisémitisme, une honte pour l'Allemagne et quelque chose contre lequel il faut absolument lutter.
Quand à Schwetzingen ou à Paderborn ou ailleurs une femme est violée - alors il s'agit d'une "affaire privée", de "sexe consensuel" probablement, et seulement dans le cas d'une justice particulièrement équitable, d'un crime à élucider. Quoi qu'il en soit, seules deux personnes sont concernées : le coupable et la victime.
En Amérique en 2011, les choses sont bien différentes comme nous l'apprenions il y a peu avec l'affaire Strauss-Kahn. A la deuxième convocation au tribunal, l'avocat de la partie civile qui défend contre son puissant accusé la présumée victime restée cachée, Kenneth Thompson, la tête haute déclara devant les médias : "Tout l'argent, la puissance et l'influence de Dominique Strauss-Kahn ne changera rien à ce qui s'est passé dans cette chambre du Sofitel". Et l'avocat noir d'ajouter au nom de sa mandante : "Nafissatou Diallo défend sa dignité - elle est la voix de toutes les femmes du monde entier qui sont victimes de violences sexuelles".
Car maintenant, il est clair pour tous en Amérique qu'ici, il ne s'agit pas seulement de deux personnes, qu'ici il s'agit de se demander : "Qu'est ce qui s'est passé entre deux êtres humains dont l'un est un homme, blanc, riche et puissant et l'autre une femme, noire, pauvre et impuissante ?"
Il s'agit donc bien ici de "Hate Crime", un crime de haine, parce que, si les choses se sont passées comme le dit cette femme - le coupable ne s'en est pas pris à elle en particulier, mais à toutes les femmes, à toutes les noires, à toutes les femmes de chambre (ou autres subalternes). Toutes personnes humaines enfin avec lesquelles il est en mesure de le faire.
Car les humains ne font pas cela à d'autres humains. Ils font cela à des "sous-humains". Et c'est pourquoi le droit américain en lutte contre cette forme de seigneurialité a introduit le terme "Hate Crime". Un "acte criminel qui est motivé par des préjugés de la part du criminel envers une personne ou un groupe de personnes".
Le terme n'était auparavant valable que pour les membres d'une race ou d'une religion, mais a été élargi en 2009 aux catégories sexuelles et d'orientation sexuelle.
Celui qui commet ce genre de Hate Crime est passible de sanctions sévères et menacé de peines élevées. Avant tout les médias et les gens comprennent que, par exemple, dans le cas du viol, il ne s'agit pas de sexe mais de violence sexualisée, de haine envers les femmes.
Après que l'on eut eu connaissance de l'affaire Strauss-Kahn, il a fortement été question dans les médias d'"hommes puissants" qui ne se maîtriseraient pas. Je ferais une remarque à ce sujet : d'abord tous les hommes puissants ne violent pas les femmes. Ensuite la puissance est relative : un père de famille chômeur peut lui aussi se comporter comme un tyran entre ses quatre murs. Alors : oui, la puissance est une condition indispensable pour humilier des non puissants mais pour cela on n'a pas besoin d'être le chef du FMI.
Et en ce qui concerne la multiplication soudaine des cas de violence sexuelle enregistrés, il se peut qu'ils soient plus souvent portés qu'avant à notre connaissance parce que les victimes, femmes et enfants se défendent plus qu'avant mais ne sont pas encore suffisamment capables de se défendre quand même. En tout cas pas en Europe.
Les victimes ont peut-être commencé à parler et les lois se sont un peu renforcées pour leur protection mais maintenant la partie adverse s'arme. Et son arme la plus efficace est le doute. Le doute envers la victime. Et nous le savons bien : "le doute profite à l'accusé".
Extrait de l'article d'Alice Schwarzer paru dans Emma, n° d'été 2011, traduite au pied levé par Euterpe
jeudi 14 juillet 2011
Wir sind alle Zimmermädchen! 3
Ainsi nous nous penchons au-dessus d'un abîme dans lequel basculent avec l'homme dont il est question, ses amis d'abord, ensuite son parti puis toute la culture politique machiste du pays. Bascule l'ancien ministre de la culture qui déclare "il n'y a pas mort d'homme" (depuis quand alors arrête t-on un suspect ?), à sa suite le grand Robert Badinter, l'homme qui a aboli la peine de mort en France et qui maintenant se plaint que l'on a "exécuté médiatiquement" Strauss-Kahn (mais pour la victime pas un mot).
Plus sûrement encore bascule le fameux journaliste de gauche Jean-Francois Kahn qui dans une première réaction se demande quel est le problème - DSK a troussé une domestique - voilà tout. (Il a essayé depuis de s'excuser en invoquant un surmenage psychique).
Mais le premier à se précipiter la tête la première a été Bernard-Henri Lévy. C'est ainsi : si un ami à lui saute la tête la première dans une piscine vide, il accusera la pesanteur malfaisante de ne pas avoir maintenu un si grand homme en l'air. Du moins le magazine du web Mediapart.fr un peu plus critique que lui a collecté et épinglé ces réactions dans un long article signé Mathieu Magnandeix.
Trois réflexes archaiques de la gauche francaise ont été à l'oeuvre dimanche dernier : la pulsion anti-américaine qui lui fait par principe voir le nouveau monde comme outrancier, agressif et barbare. Étroitement lié à cette pulsion, on a également la pulsion anarchiste qui la fait de toute facon se méfier de l'état et des flics ; les problèmes on les règle entre camarades et les copains se serrent les coudes.
On a volontiers cité la définition suivante : un ami est quelqu'un que tu peux appeler la nuit quand tu as tué quelqu'un et qui t'aide à te débarrasser du cadavre. Dans le cas de DSK, ses amis ont exactement réagi de cette manière, en ajoutant "Ce n'est pas comme cela que je le connais !". Logique - il se trouvait avec une femme moitié plus jeune que lui et dépendante, non pas avec des hommes de son âge.
Le troisième réflexe est issu d'une vieille croyance qui remonte à l'époque des Lumières et jamais remise en question depuis, croyance à la valeur de progrès de n'importe quelle sorte de pratique sexuelle ou de sa représentation. L'historien américain Robert Darnton écrit que les bestsellers secrets de la France pré-révolutionnaire consistaient en des romans pornographiques qui portaient le nom de "romans philosophiques" et véhiculaient des idées de liberté et d'autodétermination associées à des scènes de cet accabit.
Une sexualité sans frein voire animale est depuis considérée, et en particulier chez les héros de la gauche comme Georges Brassens et son hymne "Gare au gorille", comme le meilleur antidote contre le poison anti-vie des dogmes de l'église, de l'armée et de la bourgeoisie.
La barre au-dessus de laquelle un geste passe pour une agression sexuelle est en France placée très haut, il n'y a guère de francaise qui n'ait pas déjà eu à souffrir dans sa vie professionnelle de harcèlements verbaux ou physiques.
Le scandale dans le cas qui nous occupe ce ne sont pas les images du politicien arrêté, en fin de compte le bien-fondé de son arrestation a désormais été examiné par plusieurs juges et tient le coup contre les meilleurs défenseurs du pays. A un moment donné la phrase du sénateur-maire de New-York Mike Blomberg comme quoi "Si l'on ne veut pas être conduit au "perp walk", il ne faut pas commettre de crime" s'avère vraie.
Non, ce qui est effrayant, c'est l'ignorance publique concernant le viol. Le cas traité ici n'a rien à voir avec un débat estival sur l'égarement des puissants, rien à voir avec les réflexions de Kissinger sur le pouvoir qui serait le plus puissant aphrodisiaque, rien à voir avec Kennedy, Lewinsky ou Schwarznegger, rien à voir avec la fille de Mitterrand, les visites de bordel de Giscard et les nuées de femmes "galopantes" de Chirac.
C'est pourquoi le premier ministre Fillon se trompe lorsqu'il fait remarquer que DSK "n'avait pas besoin de forcer une fille". Dans un viol il n'est pas question de sexe, mais de son contraire : d'humiliation par la violence. La soif à étancher n'est pas de nature érotique mais sadique. On s'étonne de voir les socialistes francais présenter le multimillionnaire en victime d'une employée d'hôtel - en en faisant une posture de gauche en plus. Le viol est un attentat à l'encontre de la dignité de la personne et parce que ses effets sont durablement destructeurs, il est comparable à la torture. Il est difficile de concevoir de quelle facon la victime va pouvoir continuer à exercer son métier, qui lui demande d'entrer plusieurs fois par jour dans la chambre d'un homme inconnu.
Maintenant qu'il a été libéré de prison, Strauss-Kahn pourrait parler mais il se tait et s'en remet entièrement aux conseils de ses conseillers en communication.
Complice l'est également une culture politique qui se laisse encore et toujours griser par ce que Jean Tulard appelle "le mythe du sauveur" comme si l'homme politique était toujours un héros historique. Ainsi se crée longtemps avant la victoire électorale une sphère protectrice libre de toute critique et de toute contradiction envers les candidats. Les critiqueurs sont considérés comme des adversaires, les collègues compétents deviennent des concurrents et les marginaux sont percus comme n'ayant aucune valeur. Il n'y a plus que le candidat objectif qui compte. Plus il se tire à bon compte, plus on lui déroule un tapis de louanges et moins les mécanismes de contrôle personnel de ceux-ci fonctionnent encore.
DSK a déclaré à la mère de Tristane Banon qu'il avait sexuellement maltraité il y a dix ans : "j'ai pété un plomb". en effet, les plombs ne se renforcent pas avec la gloire montante, ils s'affaiblissent. Celui qui portait l'espoir de la gauche francaise a de plus en plus été frappé du danger de se servir de ce que les psychologues nomment le "moral self-licensing" : si j'incarne tellement le Bien, alors à un moment donné tout ce que je fais est bien.
Article signé Nils Minkmar (né en 1966, historien de formation, il est journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung ; (anecdote lu dans sa bio :) il rencontra Bourdieu lors d'un séminaire de doctorat à l'EHESS à Paris), paru dans le magazine féministe allemand "Emma" numéro de l'été 2011, traduit au pied levé de l'allemand en 3 parties par Euterpe
Plus sûrement encore bascule le fameux journaliste de gauche Jean-Francois Kahn qui dans une première réaction se demande quel est le problème - DSK a troussé une domestique - voilà tout. (Il a essayé depuis de s'excuser en invoquant un surmenage psychique).
Mais le premier à se précipiter la tête la première a été Bernard-Henri Lévy. C'est ainsi : si un ami à lui saute la tête la première dans une piscine vide, il accusera la pesanteur malfaisante de ne pas avoir maintenu un si grand homme en l'air. Du moins le magazine du web Mediapart.fr un peu plus critique que lui a collecté et épinglé ces réactions dans un long article signé Mathieu Magnandeix.
Trois réflexes archaiques de la gauche francaise ont été à l'oeuvre dimanche dernier : la pulsion anti-américaine qui lui fait par principe voir le nouveau monde comme outrancier, agressif et barbare. Étroitement lié à cette pulsion, on a également la pulsion anarchiste qui la fait de toute facon se méfier de l'état et des flics ; les problèmes on les règle entre camarades et les copains se serrent les coudes.
On a volontiers cité la définition suivante : un ami est quelqu'un que tu peux appeler la nuit quand tu as tué quelqu'un et qui t'aide à te débarrasser du cadavre. Dans le cas de DSK, ses amis ont exactement réagi de cette manière, en ajoutant "Ce n'est pas comme cela que je le connais !". Logique - il se trouvait avec une femme moitié plus jeune que lui et dépendante, non pas avec des hommes de son âge.
Le troisième réflexe est issu d'une vieille croyance qui remonte à l'époque des Lumières et jamais remise en question depuis, croyance à la valeur de progrès de n'importe quelle sorte de pratique sexuelle ou de sa représentation. L'historien américain Robert Darnton écrit que les bestsellers secrets de la France pré-révolutionnaire consistaient en des romans pornographiques qui portaient le nom de "romans philosophiques" et véhiculaient des idées de liberté et d'autodétermination associées à des scènes de cet accabit.
Une sexualité sans frein voire animale est depuis considérée, et en particulier chez les héros de la gauche comme Georges Brassens et son hymne "Gare au gorille", comme le meilleur antidote contre le poison anti-vie des dogmes de l'église, de l'armée et de la bourgeoisie.
La barre au-dessus de laquelle un geste passe pour une agression sexuelle est en France placée très haut, il n'y a guère de francaise qui n'ait pas déjà eu à souffrir dans sa vie professionnelle de harcèlements verbaux ou physiques.
Le scandale dans le cas qui nous occupe ce ne sont pas les images du politicien arrêté, en fin de compte le bien-fondé de son arrestation a désormais été examiné par plusieurs juges et tient le coup contre les meilleurs défenseurs du pays. A un moment donné la phrase du sénateur-maire de New-York Mike Blomberg comme quoi "Si l'on ne veut pas être conduit au "perp walk", il ne faut pas commettre de crime" s'avère vraie.
Non, ce qui est effrayant, c'est l'ignorance publique concernant le viol. Le cas traité ici n'a rien à voir avec un débat estival sur l'égarement des puissants, rien à voir avec les réflexions de Kissinger sur le pouvoir qui serait le plus puissant aphrodisiaque, rien à voir avec Kennedy, Lewinsky ou Schwarznegger, rien à voir avec la fille de Mitterrand, les visites de bordel de Giscard et les nuées de femmes "galopantes" de Chirac.
C'est pourquoi le premier ministre Fillon se trompe lorsqu'il fait remarquer que DSK "n'avait pas besoin de forcer une fille". Dans un viol il n'est pas question de sexe, mais de son contraire : d'humiliation par la violence. La soif à étancher n'est pas de nature érotique mais sadique. On s'étonne de voir les socialistes francais présenter le multimillionnaire en victime d'une employée d'hôtel - en en faisant une posture de gauche en plus. Le viol est un attentat à l'encontre de la dignité de la personne et parce que ses effets sont durablement destructeurs, il est comparable à la torture. Il est difficile de concevoir de quelle facon la victime va pouvoir continuer à exercer son métier, qui lui demande d'entrer plusieurs fois par jour dans la chambre d'un homme inconnu.
Maintenant qu'il a été libéré de prison, Strauss-Kahn pourrait parler mais il se tait et s'en remet entièrement aux conseils de ses conseillers en communication.
Complice l'est également une culture politique qui se laisse encore et toujours griser par ce que Jean Tulard appelle "le mythe du sauveur" comme si l'homme politique était toujours un héros historique. Ainsi se crée longtemps avant la victoire électorale une sphère protectrice libre de toute critique et de toute contradiction envers les candidats. Les critiqueurs sont considérés comme des adversaires, les collègues compétents deviennent des concurrents et les marginaux sont percus comme n'ayant aucune valeur. Il n'y a plus que le candidat objectif qui compte. Plus il se tire à bon compte, plus on lui déroule un tapis de louanges et moins les mécanismes de contrôle personnel de ceux-ci fonctionnent encore.
DSK a déclaré à la mère de Tristane Banon qu'il avait sexuellement maltraité il y a dix ans : "j'ai pété un plomb". en effet, les plombs ne se renforcent pas avec la gloire montante, ils s'affaiblissent. Celui qui portait l'espoir de la gauche francaise a de plus en plus été frappé du danger de se servir de ce que les psychologues nomment le "moral self-licensing" : si j'incarne tellement le Bien, alors à un moment donné tout ce que je fais est bien.
Article signé Nils Minkmar (né en 1966, historien de formation, il est journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung ; (anecdote lu dans sa bio :) il rencontra Bourdieu lors d'un séminaire de doctorat à l'EHESS à Paris), paru dans le magazine féministe allemand "Emma" numéro de l'été 2011, traduit au pied levé de l'allemand en 3 parties par Euterpe
Wir sind alle Zimmermädchen! 2

Dominique Strauss-Kahn se tait concernant la plainte comme il s'est tu avant cela concernant ses ambitions politiques. Le silence qui l'enserre maintenant semble l'accompagner de facon étrange depuis longtemps. Lorsqu'à Paris on évoquait sa personne dans les milieux bien informés, l'ange de la déception passait dans la pièce et tout le monde gardait tout à coup le silence. Les lamentations sur Sarkozy ne s'arrêtaient pas pour se référer aux chances de Dominique Strauss-Kahn. Peu importe quel insider interrogé à propos du président Strauss-Kahn la réaction était la même : ce serait bien mais sa vie intime rendrait son élection impossible. Cela ne voulait pas dire des affaires extra-conjugales mais de sombres histoires. Parfois il était même question de "partouze" (en fr. dans le texte), un gros calibre du folklore national depuis au moins deux siècles. Il y aurait même des photos - nettes, naturellement. Il y a encore quelques semaines un collègue bien réseauté du Figaro et que le chef du FMI apprécie particulièrement m'expliquait qu'en France, il y a pas mal de choses que l'on peut admettre, mais un président partouzard, ca ne passe pas.
Dans le film qui est passé en mars sur Canal + "Une année avec DSK", nous faisons l'expérience d'un directeur du FMI laconique. Le réglement de l'organisation internationale interdisant au chef de s'exprimer sur les questions politiques, le film tente de compenser par l'image, cherche des images parlantes mais n'y parvient pas.
On y voit un DSK amical mais pressé et embarrassé qui se décrit lui-même comme un représentant de commerce qui, en une année, fait plusieurs fois le tour de la planète.
On y voit comment les ministres des finances d'états en faillite l'attendent, humiliés, dans son antichambre. On le voit en Afrique dispenser réclamations et encouragements. Dans la seule scène intéressante du film, DSK révèle son truc pour défriper un costume : le suspendre sur un ceintre, l'accrocher dans la salle de bain devant la douche, tirer les rideaux et faire couler l'eau chaude. La vapeur embrume tout et repasse le costume, se réjouit l'homme politique pendant que sa femme sourit triomphalement, touchée au plus haut point par tant de science sur la vie en hôtels.
Aujourd'hui, on voit la scène autrement : cette technique offre un parfait alibi pour rôder* nu dans la suite pendant que le bruit de l'eau qui coule suggère aux employés que l'homme est parqué sous la douche.
En raison des détails qui depuis une semaine sont rendus publiques par la police judiciaire, il est difficile de ne pas croire la victime. Seul un porno californien aurait l'idée de faire se ruer un client d'hôtel typé de 62 ans et une mère célibataire de la moitié de son âge ayant encore une immense suite à nettoyer, l'un sur l'autre à la faveur d'une pulsion sexuelle spontanée. D'ailleurs même pas en film il y aurait assez de temps pour se couper en deux ainsi et permettre à la femme d'appeler la police étant donné que le temps passé ensemble n'a pas dépassé les 28/29 minutes.
Pendant que la version de la femme ne dévie pas et que les examens effectués par une police spécialisée et expérimentée donnent les mêmes résultats, Strauss-Kahn a changé son histoire passant de l'alibi d'un soi-disant dîner avec sa fille, que la police judiciaire pense entre temps n'avoir jamais eu lieu à l'histoire d'un coup de foudre (en fr. dans le texte) et de l'amour fou (en fr. dans le texte) qui se serait concrétisé dans une rencontre sexuelle librement consentie. Prêt pour une nouvelle aventure, DSK semblait l'être puisque la veille il avait appelé la réceptionniste de l'hôtel pour l'inviter à monter boire un verre, invitation qu'elle a poliment décliné.
(à suivre)
* le terme allemand choisi par le journaliste est "tigern" (être à l'affut tel un tigre)
j'ai moi-même choisi de mettre ce passage en rouge parce qu'effectivement l'agression apparaît ainsi sous un autre jour.
mercredi 13 juillet 2011
Wir sind alle Zimmermädchen! 1
(Traduction du titre : "Nous sommes toutes des femmes de chambre")
Elles ont rempli des bus entiers pour venir à Manhattan crier leur colère : "Shame on you!" Honte à vous ! ont crié les femmes de chambre dans leur blouse et leur tablier lorsque Dominique Strauss-Kahn en costume sombre est descendu de son Van noir ce 6 juin, et, fermement accroché au bras par sa femme, est entré dans le palais de Justice. "Nous réclamons justice !" explique l'une des manifestantes qui portent l'uniforme du Plazza-Hotel. "Une agression comme celle-là fait partie de notre quotidien". C'est pourquoi les femmes se sont organisées en syndicat pour obtenir une alarme dans les chambres et une sanction adaptée pour l'homme qui d'après l'accusation aurait violé leur collègue.
La manifestation de femmes de chambre d'hôtel n'est pas la première à propos de Strauss-Kahn. Le 18 mai déjà la National Organisation for Women (NOW) et d'autres organisations de femmes avaient appelé à manifester à Washington devant le siège du FMI. Quatre jours après que le président du FMI ait été arrêté dans l'avion en partance pour la France, les féministes demandaient la démission du "grand séducteur". nous devons désigner le viol par ce qu'il est : il ne s'agit pas d'un homme excité qui s'oublie dans la chaleur de l'instant mais d'un homme dérangé qui veut avoir le contrôle des femmes par la violence !" crie dans son microphone la cheffe de NOW, Terry O'Neil. Le slogan qui se lit sur les affiches des manifestantes : "Rape is rape!".
Les médias US ne virent pas tous les choses comme cela et provoquèrent la prochaine protestation de femmes. "Les avocats disent que DSK aurait forcé la plaignante à lui faire une fellation. "Forcé". Comment ? Avait-il un revolver ? Un couteau ? Et même s'il s'est montré intimidant pourquoi a t-elle été si peu intimidée lorsqu'il s'est agi d'alarmer ses supérieurs et de raconter son histoire ?" s'interroge le journaliste Ben Stein dans American Spectator et ajoute : "J'ai moi-même eu affaire à des femmes de chambre cinglées qui m'ont volé des billets d'avion et des médicaments. Comment peut-on savoir si la parole de cette femme est assez fiable pour envoyer Mr Strauss-Kahn dans une prison de cauchemar ?" Stein fut seconder par un commentaire de son collègue francais Bernard-Henri Lévy qui parut dans le Dayly Beast. Dans son "playdoyer" pour son "charmant et séduisant ami" Lévy se permet de philosopher sur la question de savoir "pourquoi une femme de chambre se rend seule dans une suite alors que dans la plupart des grands hôtels de New York, on envoie d'ordinaire une "brigade de nettoyage" de deux employés par chambre".
Cette diffamation et d'autres semblables sur la plaignante font se mobiliser le "Women's Media Center". Ce réseau de médias qui comptent parmi ses membres fondateurs Jane Fonda et Gloria Steinem, publie un appel sur son site : "Cher rédacteur, ce genre de compte-rendu et commentaire n'incite pas un violeur présumé à se sentir responsable. Il culpabilise et fait honte à la victime. Les médias ont la responsabilité de rendre compte loyalement de ce genre d'événement au lieu de soutenir une culture dans laquelle la violence sexuelle est une réalité quotidienne".
Et même dans la patrie de "l'homme qui aime les femmes" les femmes ne sont plus prêtes à accepter les comptes-rendus minimisant les faits et les manifestations de solidarité des amis de Strauss-Kahn. Les citations comme celle de l'ex-ministre de la culture Jack Lang qui s'étonne de l'arrestation de son ami de parti ("il n'y a pas mort d'homme") ou le constat du journaliste Jean-Francois Kahn comme quoi il ne se serait agi que d'un "troussage de domestique".
"Nous sommes en colère, nous sommes révoltées, nous sommes indignées" une pétition est mise en circulation car les organisations de femmes "Osez le Féminisme", "Paroles de femmes", "La Barbe" la publient une semaine après l'arrestation de Strauss-Kahn et entre temps 30 000 personnes dont l'ancienne candidate à la présidence de la République Ségolène Royal et l'ex-juge potentielle candidate des Verts Eva Joly l'ont signée.
Tou.te.s protestent contre le "sexisme décomplexé" qui s'étale dans les médias et qui participe à une multiplication inacceptable de la violence sexuelle".
Un jour après la publication de la pétition, 3000 femmes en colère manifestent à Paris devant le Centre Pompidou et tiennent un panneau devant les caméras : "Nous sommes toutes des femmes de chambre".
La tempête protestataire qui souffle sur la France a des conséquences. Le sujet est sur la table, le silence romput. Même les journalistes et les politiciennes de gauche comme de droite prennent position pour les femmes qui protestent et appellent à l'attaque d'une culture qui considère l'agression sexuelle comme une normalité. Le Nouvel Observateur titre "La France des machos", Libération déclare "Il est temps de briser le tabou" et veut dire par là le cartel du silence, les agressions des messieurs de l'élite qui ont été tues jusqu'a présent.
Les premiers "séducteurs" sentent rapidement le changement de climat. Ainsi le secrétaire d'état Georges Tron démissionne après que deux collègues aient porté plainte pour agression sexuelle. Avant la tempête il est clair pour tout le monde qu'elles auraient encaissé sans rien dire. Et encore autre chose de neuf : les organismes d'entraide annoncent recevoir plus de plaintes de femmes victimes d'agression sexuelle. Les francaises qui protestent semblent avoir réussi à renverser l'atmosphère sexiste. En Allemagne après l'affaire Kachelmann*, c'est exactement le contraire. Les victimes sont humiliées et cela n'a déclenché aucune pétition ni protestation publique.
* affaire de viol présumé d'une femme ordinaire par un personnage très médiatique. La popularité de l'accusé a joué un rôle énorme dans le procès et lui a permis de le gagner sans que les doutes sur sa culpabilité soient le moins du monde levés.
Article signé Nils Minkmar, paru dans "Emma" été 2001, traduit au pied levé de l'allemand en 3 parties par Euterpe (les 2 autres parties suivront bientôt)
Elles ont rempli des bus entiers pour venir à Manhattan crier leur colère : "Shame on you!" Honte à vous ! ont crié les femmes de chambre dans leur blouse et leur tablier lorsque Dominique Strauss-Kahn en costume sombre est descendu de son Van noir ce 6 juin, et, fermement accroché au bras par sa femme, est entré dans le palais de Justice. "Nous réclamons justice !" explique l'une des manifestantes qui portent l'uniforme du Plazza-Hotel. "Une agression comme celle-là fait partie de notre quotidien". C'est pourquoi les femmes se sont organisées en syndicat pour obtenir une alarme dans les chambres et une sanction adaptée pour l'homme qui d'après l'accusation aurait violé leur collègue.
La manifestation de femmes de chambre d'hôtel n'est pas la première à propos de Strauss-Kahn. Le 18 mai déjà la National Organisation for Women (NOW) et d'autres organisations de femmes avaient appelé à manifester à Washington devant le siège du FMI. Quatre jours après que le président du FMI ait été arrêté dans l'avion en partance pour la France, les féministes demandaient la démission du "grand séducteur". nous devons désigner le viol par ce qu'il est : il ne s'agit pas d'un homme excité qui s'oublie dans la chaleur de l'instant mais d'un homme dérangé qui veut avoir le contrôle des femmes par la violence !" crie dans son microphone la cheffe de NOW, Terry O'Neil. Le slogan qui se lit sur les affiches des manifestantes : "Rape is rape!".
Les médias US ne virent pas tous les choses comme cela et provoquèrent la prochaine protestation de femmes. "Les avocats disent que DSK aurait forcé la plaignante à lui faire une fellation. "Forcé". Comment ? Avait-il un revolver ? Un couteau ? Et même s'il s'est montré intimidant pourquoi a t-elle été si peu intimidée lorsqu'il s'est agi d'alarmer ses supérieurs et de raconter son histoire ?" s'interroge le journaliste Ben Stein dans American Spectator et ajoute : "J'ai moi-même eu affaire à des femmes de chambre cinglées qui m'ont volé des billets d'avion et des médicaments. Comment peut-on savoir si la parole de cette femme est assez fiable pour envoyer Mr Strauss-Kahn dans une prison de cauchemar ?" Stein fut seconder par un commentaire de son collègue francais Bernard-Henri Lévy qui parut dans le Dayly Beast. Dans son "playdoyer" pour son "charmant et séduisant ami" Lévy se permet de philosopher sur la question de savoir "pourquoi une femme de chambre se rend seule dans une suite alors que dans la plupart des grands hôtels de New York, on envoie d'ordinaire une "brigade de nettoyage" de deux employés par chambre".
Cette diffamation et d'autres semblables sur la plaignante font se mobiliser le "Women's Media Center". Ce réseau de médias qui comptent parmi ses membres fondateurs Jane Fonda et Gloria Steinem, publie un appel sur son site : "Cher rédacteur, ce genre de compte-rendu et commentaire n'incite pas un violeur présumé à se sentir responsable. Il culpabilise et fait honte à la victime. Les médias ont la responsabilité de rendre compte loyalement de ce genre d'événement au lieu de soutenir une culture dans laquelle la violence sexuelle est une réalité quotidienne".
Et même dans la patrie de "l'homme qui aime les femmes" les femmes ne sont plus prêtes à accepter les comptes-rendus minimisant les faits et les manifestations de solidarité des amis de Strauss-Kahn. Les citations comme celle de l'ex-ministre de la culture Jack Lang qui s'étonne de l'arrestation de son ami de parti ("il n'y a pas mort d'homme") ou le constat du journaliste Jean-Francois Kahn comme quoi il ne se serait agi que d'un "troussage de domestique".
"Nous sommes en colère, nous sommes révoltées, nous sommes indignées" une pétition est mise en circulation car les organisations de femmes "Osez le Féminisme", "Paroles de femmes", "La Barbe" la publient une semaine après l'arrestation de Strauss-Kahn et entre temps 30 000 personnes dont l'ancienne candidate à la présidence de la République Ségolène Royal et l'ex-juge potentielle candidate des Verts Eva Joly l'ont signée.
Tou.te.s protestent contre le "sexisme décomplexé" qui s'étale dans les médias et qui participe à une multiplication inacceptable de la violence sexuelle".
Un jour après la publication de la pétition, 3000 femmes en colère manifestent à Paris devant le Centre Pompidou et tiennent un panneau devant les caméras : "Nous sommes toutes des femmes de chambre".
La tempête protestataire qui souffle sur la France a des conséquences. Le sujet est sur la table, le silence romput. Même les journalistes et les politiciennes de gauche comme de droite prennent position pour les femmes qui protestent et appellent à l'attaque d'une culture qui considère l'agression sexuelle comme une normalité. Le Nouvel Observateur titre "La France des machos", Libération déclare "Il est temps de briser le tabou" et veut dire par là le cartel du silence, les agressions des messieurs de l'élite qui ont été tues jusqu'a présent.
Les premiers "séducteurs" sentent rapidement le changement de climat. Ainsi le secrétaire d'état Georges Tron démissionne après que deux collègues aient porté plainte pour agression sexuelle. Avant la tempête il est clair pour tout le monde qu'elles auraient encaissé sans rien dire. Et encore autre chose de neuf : les organismes d'entraide annoncent recevoir plus de plaintes de femmes victimes d'agression sexuelle. Les francaises qui protestent semblent avoir réussi à renverser l'atmosphère sexiste. En Allemagne après l'affaire Kachelmann*, c'est exactement le contraire. Les victimes sont humiliées et cela n'a déclenché aucune pétition ni protestation publique.
* affaire de viol présumé d'une femme ordinaire par un personnage très médiatique. La popularité de l'accusé a joué un rôle énorme dans le procès et lui a permis de le gagner sans que les doutes sur sa culpabilité soient le moins du monde levés.
Article signé Nils Minkmar, paru dans "Emma" été 2001, traduit au pied levé de l'allemand en 3 parties par Euterpe (les 2 autres parties suivront bientôt)
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