jean-francois-mauger
Briseur de lignes droites
Femen: des seins qui pointent... l'horreur!
TARTUFFE: «Couvrez ce sein que je ne saurais
voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir
de coupables pensées.»
DORINE: «Vous êtes donc bien tendre à la tentation, et
la chair sur vos sens fait grande impression! Certes je ne sais pas
quelle chaleur vous monte. Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si
prompte, et je vous verrais nu du haut jusques en bas, que toute votre
peau ne me tenterait pas.»
Molière
C'est donc du point de vue de Dorine plutôt que de celui de Tartuffe
que part ma modeste réflexion sur le piètre article de Mona Chollet,
Femen partout, féminisme nulle part, paru le 12 mars 2013 dans
Le Monde diplomatique et qui se répand comme une trainée de poudre à travers de nombreux médias traditionnels et sociaux.
Non pas que les problèmes relevés par les détracteurs des
Femen
ne soient pas pertinents, mais c'est que, alignés les uns à la suite
des autres sans aucune pensée critique ou objectivité journalistique de
la part de l'auteure, cet article est entièrement à charge contre les
Femen, jugées coupables de tout d'un bout à l'autre. Pour Mme Chollet, ce mouvement
Femen
ne serait qu'une ombre portée sur ces «femmes habillées» qui luttent
pour leurs droits, un spectacle quasiment dégoûtant qui se conformerait
et valoriserait les «critères dominants de jeunesse, de minceur, de
beauté et de fermeté» et qui s'inclinerait devant la domination
masculine à travers un discours creux, voire désastreux car
antiféministe. Sans trop la paraphraser, les militantes
Femen ne sont que des
bimbos
minces et blondes, commercialisables, surtout très «sottes», qui
«soupirent» lorsqu'on leur demande d'écrire un véritable discours! C'est
rare de lire un texte aussi méprisant. Mme Cholet semble avoir trouvé
un coupable au peu d'engouement populaire actuel pour le féminisme et à
la situation catastrophique des femmes dans le monde: les
Femen!
Comme le pense une autre journaliste,
Martine Gozlan, la vive réaction contre les
Femen n'est pas uniquement une histoire de gens peu éduqués: les gestes des
Femen
ont eu le génie de «débusquer les blocages terribles des conservateurs
comme de ceux qui se disent émancipés», même parmi les féministes. Que
reste-t-il de la révolution sexuelle et du formidable essor du féminisme
en occident dans les années 60-70? Peu ou pas grand chose lorsqu'on
regarde d'assez près la condition actuelle des femmes dans le monde!
Tartuffe contre Dorine, deux compréhensions du mouvement Femen qui s'opposent
La première consiste à voir à travers ces seins nus un symbole de la
féminité, mais surtout reliée à la marchandisation de la nudité
féminine, au marché de la pornographie, à une image servile, dégradante
et réductrice de la femme. Qu'on le veuille ou non, cette perception,
même si elle est partagée par les femmes, n'en est pas moins une vision
limitée résultant de la domination masculine... qu'une femme, qu'une
poitrine de femme ne peut être autre chose qu'une matière
commercialisable pour homme libidineux, qu'un homme, comme une femme, ne
peut y voir que cela. Certes, c'est la vision que la plupart des médias
partagent ou entretiennent et une technique de communication qu'ils
utilisent sciemment pour attirer l'œil de votre pervers de mari
mesdames, mais devons-nous pour autant, afin de lutter contre cela,
comme Tartuffe, cacher ces seins qu'ils ne sauraient voir?
La seconde consiste à voir à travers l'image de ces seins le symbole
de la féminité, mais cette fois-ci en tant que symbole de l'émancipation
du corps des femmes, de leur droit d'en disposer à leur guise,
sexuellement aussi, sans que cela soit dicté par un homme, ou en s'en
servant comme étendard pour y inscrire leurs revendications! Il y a
beaucoup de pudibonderie et d'hypocrisie autour de la dénonciation de
cette nudité... Voir des seins de femme, trop souvent molestés par les
opposants à ce mouvement, sur lesquelles est écrit «Non à l'esclavage
des femmes!»: ça excite qui au juste mis à par les cochons impénitents
et ça énerve qui mis à part les religieux et les pudibonds? Posons-nous
personnellement la question avant de nous demander ce que notre pervers
de voisin en penserait, émancipons-nous aussi de ce regard... Comme
Dorine, je ne pense pas que nous sommes tous prompts à la convoitise
sexuelle et n'en déplaise à Mme Chollet, ceci est une vision
féministe... En d'autres termes, tous les hommes ne sont pas sexistes
et toutes les femmes, consciemment ou non, ne sont pas exemptes de ce
genre de regard et d'attitude envers les autres femmes qui sont
regardées par les hommes...
Un féminisme radical et transgressif
Contrairement à ce que laisse penser Mme Chollet qui se permet de
juger ce qui fait partie ou non du féminisme, ce dernier n'est pas un
bloc monolithique qui détiendrait un large consensus de la part des
femmes. Les
Femen en sont une version radicale compte tenu de
l'urgence de la situation et, au grand regret de Mme Chollet, si elles
ne sont pas des «Grandes femmes de plumes», elles sont des femmes
d'actions qui, je la rassure, savent lire, réfléchir et même écrire, ce
qu'elle aurait pu savoir en faisant correctement son travail de
journaliste au lieu d'écrire un paragraphe entier sur leur supposé
illettrisme - voir
Femen,
le livre.
Au commencement, en 2008, les
Femen dénonçaient la prostitution
forcée, violente, massive et mafieuse qui s'opérait dans leur pays,
l'Ukraine. Leurs premiers objectifs étaient donc de promouvoir les
droits des femmes et d'alerter la population à chaque fois que ceux-ci
étaient bafoués. Très vite ce mouvement a dépassé les frontières de
l'Ukraine et les
Femen luttent maintenant aussi pour d'autres
causes en faveur de la démocratie et des droits humains (notamment pour
la liberté de la presse et contre la corruption, la pauvreté, la
violence conjugale ou encore des formes de discriminations telles que le
sexisme, le racisme ou l'homophobie), mais, surtout, elle remettent en
cause la place des religions dans nos sociétés, qui véhiculent et
institutionnalisent ouvertement des valeurs misogynes et certains
comportements qui peuvent s'avérer être mortels pour les femmes. Outre
le fait d'exposer leurs slogans sur leurs seins nus, elles brulent des
drapeaux islamiques, tronçonnent des croix chrétiennes en bois -
symbole selon elles de l'oppression millénaire de l'église catholique
sur les femmes -ou encore habillées en nonnes, elles aspergent les
extrémistes catholiques de liquide blanc à l'aide de contenants sur
lesquels est écrit «sperme». Radicales et transgressives, elles sont
prêtes à tout sauf à la violence sur autrui car leur consigne est
«de ne jamais rendre un coup»!
Elles s'en prennent aux symboles religieux ou machistes à la
différence de leurs adversaires qui portent directement atteinte à leur
intégrité physique.
Toute la philosophie d'action des
Femen se résume et se
justifie à travers ces quelques mots: la nécessité fait loi - ou encore,
la fin justifie les moyens - un besoin extrême peut justifier le fait
qu'on passe outre les obligations conventionnelles, les lois,
généralement établies par les hommes et, a fortiori, les religieux. La
condition des femmes dans le monde est à ce point désastreuse qu'il
n'est plus question pour elles que la voix des femmes soit muselée, si
peu entendue ou si peu prise en compte. Certes, les réalités sont
multiples dans nos sociétés, mais il y en a une qui est particulièrement
écrasante: la domination des institutions gouvernementales et
religieuses, des médias et des grandes entreprises par les hommes. Bref,
tout ce qui nourrit et influence essentiellement les valeurs de nos
sociétés... Les
Femen utilisent bel et bien les médias pour
exister dans ce monde tel qu'il est, à défaut d'être simplement
oubliées, écartées des débats, dans le seul et unique but de parler au
nom de celles que la mise au silence tue chaque jour. Nous serons
quasiment tous d'accord pour dire que sans l'exposition de leurs
poitrines aux médias, leur mouvement n'aurait pas la force qu'il a
aujourd'hui. La faute à qui?
Une paire de seins comme symbole et moyen de communication: une nudité problématique, mais pas ambigüe
Cela ne trompe personne, les
Femen utilisent sciemment leur
nudité pour faite entendre leur cri païen. On pourrait alors leur
reprocher d'utiliser le pouvoir traditionnellement associé à leur sexe -
celui de manipuler les hommes, comme les médias dont ces derniers sont
les principaux propriétaires, à travers leurs seuls attributs sexuels -
plutôt que de chercher à sortir de cette dynamique. Force est de
constater que les marges de manœuvre des femmes sont bien plus limitées
que celles des hommes qui s'octroient généralement toute la légitimité
intellectuelle et le pouvoir de décision - ce phénomène est
particulièrement flagrant dans les pays machistes et, plus encore,
religieux. Dès lors, il ne faut pas s'étonner ou encore moins être
choqué si «les femmes développent des outils militants sexués en rapport
avec la place qu'on leur attribue» comme le souligne
Ophélie Rillon.
C'est un moyen pour elles de sortir de leurs rôles de mère nourricière
et de femme objet - souvent abusée -, de sortir de la sphère domestique
pour aller vers le politique et forcer les hommes non seulement à les
écouter mais aussi à les considérer.
Avons-nous déjà oublié les manifestations de femmes seins nus - ou
carrément nues - qui ont eu lieu dans de nombreux pays dans les années
60 en Occident lors de la révolution sexuelle et leurs messages sur leur
corps? Ces dernières réclamaient leur émancipation sexuelle, et ce,
contre l'ordre bourgeois et patriarcal qui les maintenait dans leur
cuisine sans mot dire et qui les rendait entièrement dépendantes de
leurs maris. Ou encore ces femmes africaines maintes fois dans la rue
seins nus au cours de l'histoire? «Parce qu'elles sont indignées, des
femmes africaines n'hésitent ni à choquer ni à défier les autorités en
exhibant une partie de leur corps. N'est-ce pas l'un des
principes-phares des
happening organisés par le mouvement des
Femen à travers le monde?», comme le rappelle
Nadéra Bouazza.
D'autres leur reprocheront de vendre le féminisme comme un produit de consommation - a-t-on reproché à
Greenpeace de vendre l'écologie comme un produit de consommation pour subventionner leurs actions? - ou comme le dit la sociologue
Tetyana Bureychak,
de faire la promotion «de ce contre quoi on combat, lorsqu'elles
protestent contre le tourisme sexuel en se déguisant en prostituées». Si
le fait de s'exposer de la sorte peut tout à fait être jugé paradoxal,
il ne faudrait pas pour autant être de mauvaise foi en détachant leur
posture - et leurs seins - du message qui lui est intimement relié et
qui enlève définitivement à cette nudité toute ambigüité. Si elles
exhibent leurs seins, elles en détournent le sens et le but qu'on leur
attribue habituellement: ce n'est pas pour vendre du yaourt, des
magazines ou pour promouvoir la pornographie, mais au contraire pour
dénoncer sans détour l'utilisation scabreuse que certains hommes font de
l'image de la femme, voire, plus immonde, du corps des femmes. Comme le
souligne la journaliste
Mylène Wascowiski, les
Femen sont «parvenues à tourner ce que certains hommes peuvent considérer comme un fantasme à leur avantage».
Qu'on se le dise, la nudité n'est pas qu'une expression d'une
sexualité commercialisable, mais également de la simplicité, du naturel,
de la liberté et, en ce qui concerne les
Femen, de la vulnérabilité physique des femmes face à la violence de certains hommes. Pour
Geneviève Fraisse, philosophe et historienne de la pensée féministe, le groupe des
Femen
produit «un nouveau discours, global», qui «s'inscrit parfaitement dans
la tradition féministe» et où «la nudité a plutôt rapport avec la
vérité. On dit dévoiler la vérité, en philosophie...».
Enfin, face à ces horreurs commises contre les femmes, réfléchissons
un peu et demandons-nous aussi quel symbole autre qu'une paire de seins
les
Femen auraient pu utiliser pour prôner la pleine
réappropriation de leur corps et de leur sexualité dans cette situation:
Une fleur? Une colombe rose ou - plus conventionnel - un tablier et une
poêle? Certains diront peut-être qu'elles manquent d'imagination...
c'est discutable! Une chose est sûre: les
Femen sont jeunes,
elles jouent plus facilement avec les médias et sont moins perturbées
par l'effet paradoxal de l'image que ces derniers véhiculent d'elles que
nous pouvons l'être...
Coupables d'êtres belles et minces?
Les fondatrices des
Femen sont belles et minces, que peut-on
faire contre cela? Auraient-elles dû se fracasser le visage sur un mur,
ne surtout pas se maquiller et se gaver de McDonald pendant des mois
avant de prendre la parole? Qu'elles utilisent les stéréotypes de beauté
pour parvenir à leurs fins, c'est leur moyen d'action, mais ça ne prend
que quelques secondes de navigation sur Internet pour constater que les
manifestantes de
Femen ont différentes
silhouettes.
Ce que montrent les «journalistes» de leurs manifestations ne
correspond pas à la réalité, si les gens se contentent d'avaler les
informations des «gros médias machistes» sans prendre le temps de se
renseigner correctement, elles n'en sont pas responsables! Avant de leur
faire un procès d'intention, a-t-on un seul témoignage de femme qui
aurait été exclue des
Femen à cause de sa physionomie? Non! Il
est certain aussi que les femmes moins complexées par les dictats de la
mode soient moins réfractaires à se dénuder que les autres...
Certes, les Femen s'aliènent certaines femmes, mais il faut être
courageuse pour faire partie des Femen: assumer les idées de ce
mouvement, mais aussi assumer son corps de femme, quel qu'il soit,
radicalement (voir
photos)! Afin de contredire cette image pour le coup vraiment réductrice de leur mouvement, les
Femen
ne cessent d'appeler les femmes plus complexées à se libérer de l'image
que les hommes attendent d'elles, cela fait partie intégrante de leur
message comme le souligne
Anna Houtsol,
l'une des fondatrices du mouvement : «Il n'y a pas de critère de beauté
pour intégrer les Femen. En russe, belle signifie plutôt
''rayonnante'', ''pleine de vie''». Ajoutons qu'elles ne forcent pas non
plus toutes les manifestantes ou les supportrices à montrer leurs
seins.
De la provocation gratuite et inutile?
Certain(e)s auront l'outrecuidance de dire que les
Femen
font ce qu'elles font dans l'unique but de faire parler d'elles - par
besoin d'attention ou, pire, par plaisir - alors qu'elles risquent leur
vie compte tenu des coups qui leurs sont portés lors de leurs
manifestations, des séjours en prison ou des épouvantables séances de
tortures que certaines d'entre elles ont dû subir, comme en
Biélorussie par exemple.
Dernièrement, une
pétition pour sauver Amina, la première
Femen tunisienne, vient d'être créée. Pour avoir mis une photographie d'elle seins nus sur
Facebook,
cette jeune femme a été enlevée par sa famille, frappée par son cousin,
placée dans un hôpital psychiatrique, fortement médicamentée et demeure
depuis séquestrée chez ses parents après sa condamnation à mort par les
fanatiques religieux. Voilà à peu près ce qu'il en coûte à ces femmes
d'avoir transgressé les lois et les traditions - masculines - qui
régissent la nudité et de n'avoir pas respecté «leur» culture.
LIRE AUSSI: Pourquoi ont-ils peur de FEMEN?
D'autres diront qu'elles ne font qu'attiser la haine et qu'elles ne
réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes! Devrais-je rappeler
qu'il n'y a pas de fumée sans feu et que le mouvement des
Femen
est né de la violence, de celle faite aux femmes. Loin de moi l'idée
d'inciter à répondre à la violence par la violence, mais il faut
comprendre que dire que ces femmes attisent la haine, c'est accepter
implicitement que ce qu'elles font est mal - qu'elles ne disposent pas
de leur corps librement - et reconnaître les valeurs et l'autorité des
extrémistes religieux, les limites qu'ils imposent souvent violemment
aux femmes (comme aux hommes). En d'autres mots, c'est maintenir ces
femmes sous le régime de la terreur sous prétexte de ne pas vouloir
déranger ces monstres ou de ne pas vouloir les exciter...
Irrespectueuses les
Femen? Essayez donc de comprendre la
notion de respect que partagent ces hommes (et certaines femmes) et vous
serez pris d'un vertige mortel! Regardez donc quelques unes des
milliers de vidéos de violences faites aux femmes comme celle de
Najiba, 22 ans, exécutée car soupçonnée d'adultère en Afghanistan ou encore écoutez les
commentaires
des femmes de la maison qui cautionnent les actes violents de leurs
maris après que l'un d'eux ait coupé le nez de sa femme parce qu'elle ne
se comportait pas comme il le désirait.
Les images du Topless Jihad Day des Femen
Qu'est-ce qui est vraiment le plus provocant: les propos de ces hommes
qui, en groupe, ont violé cette jeune femme dans un bus en Inde
prétextant qu'elle n'était pas assez vêtue ou l'image des seins des
Femen
qu'elles adressent aux religieux névrosés qui veulent couvrir le désir
que génère sur eux le corps d'une belle femme? Les Femen se servent de
l'image de leurs seins pour leur rappeler leur bestialité! Il n'y a
aucune ambiguïté dans leur message!
Les
Femen font-elles de l'ombre aux femmes habillées? Ne
soyons pas aveugles, le traitement réservé aux femmes rebelles est le
même: que ce soit les
Femen aux seins nus qui se font frapper
le visage à coup de pieds dans les rues de Paris alors qu'elles
s'opposent aux groupes chrétiens d'extrême droite lors de la
manifestation contre le mariage gay ou que ce soit ces
femmes afghanes voilées qui se font également tabasser et lancer des pierres pour avoir osé manifester en 2009 contre une
loi qui «légalise le viol d'une femme par son mari». La vérité, c'est que les médias parlent abondamment des premières et très peu des secondes... Si les actions des
Femen
peuvent être discutables, elles auront au moins l'avantage de montrer à
quel point ces hommes, à la vue de tout le monde et sous les
projecteurs des médias, sans aucune gêne, sont de véritables monstres.
Il semblerait que la violence contre les femmes - habituellement
contenue derrière les murs de leurs maisons - se montre désormais dans
les rues. Mais, comme
Meriam, les
Femen
ont la ferme intention de ne pas se plier devant leurs persécuteurs et
ne se laisseront pas rattraper par la peur, car la peur, elles la vivent
déjà au quotidien : «Je connais les risques d'être une
Femen!
Je savais qu'en m'engageant, j'aurais des problèmes ! Pour l'instant, je
ne reçois que des insultes et des menaces... Vous savez ça ne change
pas vraiment de celles qu'on me lançait lorsque j'étais à Kasserine ou à
Monastir.»
La situation catastrophique des femmes dans le monde ou l'échec d'un féminisme «conventionnel»
Aurions-nous l'inconscience de dire comme la sociologue ukrainienne
Tetyana Bureychak
que «cette manière de défiler seins nus est beaucoup plus choquante que
les pratiques que les manifestantes sont censées dénoncer»? Vu d'ici,
du Québec, où la condition des femmes s'améliore lentement, il est
presque «normal» que les actions des
Femen soient perçues comme
excessives, mais cet «excès» n'en est plus un si on observe la
situation des femmes dans le monde qui est littéralement catastrophique
comme nous le rappelle une récente
enquête de l'ONU:
« jusqu'à 70 % des femmes sont victimes de la violence au cours de leur
vie. Selon les données de la Banque mondiale, le viol et la violence
conjugale représentent un risque plus grand pour une femme âgée de 15 à
44 ans, que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le
paludisme réunis. (...) Entre 500 000 et 2 millions de personnes font
l'objet de traite tous les ans à des fins de prostitution, de travail
forcé, d'esclavage ou de servitude, selon les estimations.
Les femmes et les filles représentent près de 80 % des victimes découvertes
Malgré des avancées certaines, globalement, le féminisme comme la
laïcité est en recul constant à travers le monde, les femmes voilées
n'ont jamais été aussi nombreuses depuis ces dernières années. Nos
gouvernements ressemblent de plus en plus à des parodies de démocratie,
pour ne pas dire que certains, comme la Russie, ne sont plus que
d'immenses dictatures. Et là où la démocratie recule, les droits des
femmes reculent d'abord et plus encore que ceux des hommes. Pas un jour
ne passe sans que nous n'apprenions le terrible sort réservé aux femmes :
une pauvreté plus accrue que celles des hommes, la prostitution forcée,
les mariages forcés et les mutilations, les viols, les lapidations et
les meurtres sont autant de «sports» très virils - «d'honneur» nous
dit-on - qui se multiplient sans cesse dans le monde.
Le billet de Jean-François Mauger se poursuit après la galerie
Comme dans la plupart des pays d'Amérique Centrale et d'Amérique du Sud
où la situation des femmes est alarmante et les féminicides
particulièrement inquiétants, comme au
Mexique où
34 000 femmes ont été assassinées pour le seul fait d'être une femme au cours des 25 dernières années.
Comme en
Turquie
où «sans contradiction possible, les statistiques démontrent que les
violences faites aux femmes suivent la même courbe que celle de
l'islamisation de la Turquie. Pendant les sept premières années du
pouvoir AKP, des assassins, tous du genre masculin, ont tué quatre mille
cent quatre-vingt-dix femmes dans le pays. Le nombre de victimes de
féminicide se situe, pour l'année 2009, à mille cent vingt-six tuées,
tandis qu'il était seulement de soixante-six, il y a neuf ans... Et la
courbe n'est pas prête de décliner». Ou encore en Égypte où les femmes
n'ont plus le droit de manifester sous peine d'être battues ou violées
(voir
vidéo).
Comme en
Asie
où chaque année des centaines de femmes subissent des agressions à
l'acide ou au kérosène. Parfois pour simple soupçon d'adultère.
Comme en occident, en
France par exemple, berceau des droits de l'homme, où une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son mari...
Bref, la liste des atrocités commises contre les femmes semble aussi insoutenable qu'interminable et couvre TOUTE la planète!
Ces «putes», ces «chiennes» ou ces «femmes maudites»!
Si vous avez encore du temps, faites donc un petit tour sur le site des
Femen ou sur leurs pages
Facebook
pour y lire les milliers de monstruosités écrites par tous ceux et
celles pour qui la nudité est exclusivement sale, révoltante, voire
satanique! La virulence abjecte des commentaires et la réaction en
général aux activités des
Femen est un indice certain que les
Femen appuient là où ça fait mal. La preuve, comme le souligne les
militantes,
«que la misogynie, l'homophobie et l'intolérance que nous dénonçons
continue d'exister et de sévir, en France, à Kiev, et ailleurs».
Au sein des grandes religions monothéistes, leurs plus hauts
représentants n'ont de cesse de prôner l'aliénation de la femme: que ce
soit les chefs musulmans extrémistes qui pensent que les hommes ont un
droit de vie et de mort sur leurs femmes et qui limitent
considérablement leurs libertés (interdiction de conduire, de se
dévoiler, de parler à d'autres hommes, de circuler dans certains lieux,
etc.), ou que ce soient les catholiques comme le souligne la présidente
de l'Argentine, Cristina Kirchner, lorsqu'elle associe au Moyen-Âge et à
l'Inquisition les
positions de Bergoglio
(le nouveau pape François), notamment sur la place des femmes et la
contraception. Moyenâgeuses.... comme le sont aussi ses positions sur
l'homosexualité qu'il considère comme un «démon infiltré dans les âmes»
et sur le mariage gai dont il dit que c'est «le dessein du Démon,
responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire
l'image de Dieu: un homme, une femme, qui reçoivent le mandat de
croître, de se multiplier, et de dominer la terre».
Les messages des #MuslimahPride, en réaction aux prises de position des Femen
Enfin, n'en déplaise aux extrémistes religieux, aux nationalistes-
isolationnistes culturels, aux machos, aux tartuffes de ce monde ou à
Mme Chollet:
Femen est désormais un mouvement féministe
international implanté dans plus d'une cinquantaine de pays. Elles ont
compris, à la différence de certain(e)s, que l'union fait la force.
Leurs messages sont universels et transcendent les frontières comme les
cultures. Ce n'est pas un complot contre les
religieux musulmans, catholiques ou juifs, chacun accusant l'autre de manipuler les
Femen
contre lui : «Sales cochonnes, même vos hommes ne vous baiseraient pas!
Venez ici en Tunisie, nous vous couperons les seins et nous les
donnerons à bouffer à nos chiens. Mourez sales putes d'Israël!», ni un
complot politique, le
KGB accusant la CIA,
mais un mouvement destiné à dénoncer ces parodies de démocraties où la
plupart des exactions commises contre les femmes demeurent impunies par
des gouvernements complaisants, voire valorisées.
Pour combattre ces atrocités, j'ai bien peur que nous ayons besoin de
passer par la radicalité des Femen qui permet également d'ouvrir dans
les médias un plus grand espace à la parole et au combat féministe. Pour
les
Femen, c'est un combat de femmes, mais aussi un combat d'hommes.
Nota bene: À toutes ces personnes religieuses qui se sentent insultées par les propos et les actions des
Femen,
qui réagissent avec violence car elles sentent leurs identités menacées
parce que leur culture est religion, que leur religion est toute leur
identité, j'aimerai les référer au magnifique livre du libanais Amin
Maalouf, «Les identités meurtrières», ou encore à ces mots de
Krishnamurti : «Lorsque vous vous dites Indien, musulman, chrétien,
Européen, ou autre chose, vous êtes violents. Savez-vous pourquoi? C'est
parce que vous vous séparez du reste de l'humanité, et cette séparation
due à vos croyances, à votre nationalité, à vos traditions, engendre la
violence».
À voir absolument : «Nos seins, nos armes», un excellent documentaire réalisé par
France télévision sur l'origine et les combats des
Femen. Avant de critiquer... Observez et écoutez!
Bien souvent piraté et couvert d'insultes... le site des
Femen
Avec plus d'une cinquantaine de groupes créés sur
Facebook à
travers le monde, ce sont des milliers de personnes de tout horizon et
de sensibilités différentes qui s'échangent des textes et des paroles
féministes, ce qui n'existait pas auparavant :
-
Québec
-
Canada
-
France
-
Tunisie
-
Maroc
-
Espagne
-
Inde
Etc...