
Voilà, depuis dimanche dernier, les jeux sont faits. Cela n’a pas pu vous échapper, le ton des “médias” a subitement changé.
Depuis quelques mois ceux-ci sous-entendaient que Flanby était au mieux fragile, inexpérimenté, et au pire complètement nul, qu’il allait s’écrouler devant l’expérience, l’assurance et le talent de Sarkozy, notre ultime rempart contre l’implosion de l’Europe et de sa monnaie. Que leurs courbes de sondages allaient se croiser. C’était évidemment ce que la propagandastaffel UMP leur serinait en boucle.
Or non.
Comme je l’ai dit et répété ici-même à de nombreuses reprises, Sarkozy finira son quinquennat en slip. Il faut dire qu’il a un bilan à trimballer, et que c’est lourd. Quand on a tout raté, comment faire pour s’en vanter ?
Tiens, c’est simple, si une entreprise devait avoir le bilan de Sarkozy, elle le déposerait aussitôt.
Il ne faut pas non plus sous-estimer la haine qu’il a suscitée dans l’opinion. Quoi qu’en disent les “sondages”, cela ne colle pas avec ce que dit mon entourage. Même les pires ringards de droite que je connais —et j’en connais !—, ceux-là même qui n’ont pas honte d’avouer qu’ils avaient voté pour lui en 2007 (“Tu voulais quoi, hein ? Que je vote pour l’autre… euh… enfin l’autre ?”), et bien il ne s’en trouve plus un pour prévoir de refaire la même connerie en 2012. Et c’est une constante depuis deux ou trois ans. Ils voteront Bayrou, ou Le Pen… Et au second tour (du moins si Sarkozy y est, ce qui n’est pas acquis, les derniers sondages remettent le “21 avril à l’envers” à l’ordre du jour), beaucoup s’abstiendront.
Pire, il semble que ce dimanche, ce sont de nouvelles mesures de recul social (et de suicide électoral) dictées par le MEDEF qu’il compte annoncer sur toutes les télés.
Sauf Trafalgar certes toujours possible, c’est plié, Flanby sera notre prochain président.
C’est donc avec un intérêt particulier que je l’ai regardé faire son show jeudi soir chez Pujadas.
Il n’a eu aucun mal à faire tourner en bourrique un Juppé que j’ai trouvé “fatigué, vieilli, usé“®, tentant laborieusement et sans conviction de défendre l’indéfendable. Mauvais comme un cochon. Au passage il devrait prendre du repos, le pauvre vieux, c’est pas une vie de cumuler un boulot de ministre, (de surcroît des affaires étrangères toujours en déplacement) avec celui de maire d’une grande ville. Et puis 67 ans, c’est largement l’âge de la retraite… D’autant que si je ne m’abuse, il touche celle de la fonction publique depuis près de 10 ans... Et dire que certains voyaient en lui un recours en cas de désistement sarkozyste…
Mais revenons-en au futur président Flanby. Tout le monde semble avoir découvert dimanche dernier ses talents d’orateur lors de son discours au Bourget. C’était pourtant un fait connu. Et je m’interroge de plus en plus à ce sujet. Car la distinction entre orateur et bonimenteur est parfois mince. Mitterrand usait déjà de son talent dans les années 70 pour embobiner les prolos et leur faire croire qu’il incarnait leur combat, qu’il allait “changer la vie”, mettre au pas ces salauds de patrons, et leur faire recracher le pognon. On a vu le résultat.
À l’époque de Mitterrand, même si certains avaient déjà compris l’arnaque, nombreux étaient ceux qui y croyaient, qui pensaient qu’enfin leur vie allait changer avec “La Gauche”. Le problème avec Flanby, c’est que non seulement il passe après la trahison de Mitterrand, l’avènement de la “gauche caviar”, puis le libéralisme honteux de Jospin (mais aussi après Blair, Schroeder, Zapatero, Prodi…), alias “gauche de droite”, mais en plus, il nous gratifie d’un programme insipide et inconsistant, dont on voit d’emblée qu’il est voué à l’échec. Ses trémolos et effets de manche à la tribune sont essentiellement des cache-misère.
Flanby singe Mitterrand jusqu’au ridicule. On ne s’étonnerait même pas de le voir plissant les yeux, coiffé d’une feutre, une écharpe rouge et une rose à la main.
Bien sûr il est infiniment plus sympathique que Sarkozy. Plus intelligent, plus fin, plus drôle, plus calme, moins m’as-tu vu. C’est un minimum, et à vrai dire ce n’est pas très difficile.
Mais pour incarner l’espoir (sans même parler du “rêve”) il ne suffit pas de revenir sur certaines mesures scandaleuses de Sarkozy (pas toutes, loin s’en faut), d’en proposer d’autres qui, même si on peut les juger positives et “de Gauche”, sont avant tout d’aimables sources de buzz médiatique (mariage homosexuel, droit de vote aux étrangers…), et puis… c’est à peu près tout. Le retour à la retraite à 60 ans ? Oublié ! Les créations de postes ? Transformées en non-suppression… Ne parlons même pas de nationalisations, de reprise en main de la création monétaire, de restitution du pouvoir au peuple… “Réenchanter le rêve français”, qu’il disait.
Son ouiouisme européen, parfaitement incarné par la scandaleuse couverture de Paris-Match où il pose avec Sarkozy avant le référendum de 2005, est totalement incohérent. Les mêmes qui nous ont vendu une Europe (“L’Europe l’Europe l’Europe”) dont la grandeur viendrait de l’union et de l’entraide entre toutes les nations qui la composent, une sorte de partouze supranationale géante à 27, ne nous parlent plus aujourd’hui que d’une compétition à mort avec l’Allemagne dans laquelle les salariés doivent abandonner toutes leurs prérogatives plus vite que leur voisin pour simplement survivre.
Certains ont aussi noté qu’il n’a pas une seule fois parlé d’écologie pendant toute son intervention… C’est tout de même un comble ! Et le fait que les autres fassent pareil n’est pas une consolation. A l’approche du Peak Everything, un tel aveuglement est tout bonnement sidérant. Un total déni de réalité. Rappelons que Flanby est un des promoteurs de la “TIPP flottante”, qui consiste à baisser les taxes sur le carburant quand son prix monte. Outre la philosophie complètement abracadabrantesque d’une telle mesure (qui revient en gros à encourager la consommation d’un produit en voie de disparition), son efficacité est du même niveau que celle du château de sable d’un gamin pour arrêter le tsunami japonais.
Ce sont les “Verts” qui doivent souffrir de graves brûlures anales, eux qui pensaient “sortir du nucléaire” en 25 ans, qui ont ensuite signé pour 50% de nucléaire, et qui vont finalement devoir avaler la fermeture des deux seuls réacteurs de Fessenheim en échange de l’ouverture de l’EPR de Flamanville, d’une puissance équivalente…
La vérité, c’est que Flanby, comme Sarko, sera principalement un agent de recouvrement des créances des banksters auprès du peuple français. Comme il est enferré dans le carcan imposé par la finance, et qu’il n’envisage à aucun moment d’essayer de le briser, sa marge de manœuvre est nulle. Il a beau tonner, dans l’élan d’une phrase qui s’envole, que son ennemi est la finance, on y croit presque autant que si Gérard Larcher prétendait battre Usain Bolt sur 100 mètres… Raoul dans les Tontons Flingueurs.
Pire, quand un journaleux ultralibéral dégarni, ou un ancien premier ministre (dégarni lui aussi) lui font remarquer que les 20 milliards d’euros que ses mesurettes sont censées faire rentrer tous les ans dans les caisses de l’État ne seront qu’une poignée de sable pour assécher un fleuve de déficits qui se jette dans un océan de dettes, et que son objectif d’équilibre budgétaire est irréaliste, il se réfugie dans un flot d’incantations au “Dieu Croissance” que l’on croirait tout droit sorti des années 1950, quand cela avait encore un sens. Regardez cette vidéo, à 21mn48 : Flanby réussit l’exploit de prononcer 6 fois le mot “croissance” en 12 secondes ! On tient là un champion du monde…
Nous sommes donc en présence d’un candidat pas du tout “normal”, dont la vie a été totalement dédiée à la réalisation d’un objectif déterminé par une ambition maladive : devenir Président de la République. Il prétend nous faire rêver (arf !), mais veut en fait que nous réalisions son rêve.
À cet effet, il s’est donné du mal pour changer d’apparence, faire plus sérieux et plus “présidentiel”. (Par contre, il n’aurait pas dû débaucher les communicants des jeunes pops [Avertissement aux personnes sensibles : non seulement cette vidéo est ridicule, mais elle contient du Jack Lang.)
Pour convaincre les naïfs, il utilise des techniques oratoires parfaitement factices qui tentent vainement de dissimuler la vacuité de son message.
Il tente d’envoyer aux électeurs des images subliminales de Mitterrand, comme si son aura était intacte.
Il est entouré d’une équipe de bras cassés revanchards, où l’on retrouve de vieux dinosaures périmés comme Lang ou Ayrault, des ultralibéraux décomplexés comme Valls, et l’ossature de ce que j’avais naguère baptisé le “DSK-Korps”, à commencer par Moscovici, probable premier ministre, tellement chiant qu’il pourrait faire passer Fillon pour un grand déconneur.
Pour donner un semblant de crédibilité arithmétique à un programme voué à l’échec, il ne compte que sur une “croissance” chimérique, sur laquelle il n’a aucune emprise, et qui est désormais caduque.
Et en plus, il va gagner…
(Sur le blog de Superno)
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