Prostitution en Nouvelle-Zélande - Des ex réclament la pénalisation des prostitueurs
26. November 2013 um 05:57
Des
ex-prostituées et leurs porte-paroles appellent à une pénalisation des
acheteurs de sexe, affirmant avoir été flouées par la dépénalisation de
l'industrie.
Elizabeth Subritzky, directrice de l’organisation
Freedom from Sexual Exploitation,
a affirmé à la Commission parlementaire sur les processus électoraux et
la justice que la seule solution aux dommages causés par la
prostitution et à la violence qu'elle créait était de sanctionner les
acheteurs de services sexuels par une réforme des lois sur la
prostitution.
En Nouvelle-Zélande, le
Prostitution Reform Act
a décriminalisé les maisons closes, les agences d'escorte et le
racolage quand il a été adopté de justesse par une seule voix de
majorité, en 2003.
La loi a non seulement encouragé
davantage d'hommes à acheter du sexe, mais elle a transformé la
prostitution en un travail acceptable, et même présenté comme attrayant
pour les jeunes Néo-Zélandaises les plus pauvres, a rappelé Mme
Subritzky.
Une pétition de 2910 noms (déposée par
l’organisation) appelle à un changement de la loi qui rendra illégal
l'achat de services sexuels en étendant le champ d’application de la loi
actuelle, qui permet déjà de poursuivre les clients de prostituées
mineures.
Une femme sortie de la prostitution a
informé la commission que ses 16 années de trottoir comme « travailleuse
du sexe » avaient commencé alors qu'elle n'avait que 12 ans, après
qu’une situation familiale toxique l’ait exposée à la drogue et à de la
violence affective, verbale et parfois physique.
« Moi et mes jeunes cousins errions dans les rues en quêtant de quoi manger. C'est alors que j'ai été approchée par un
gentleman qui m’a proposé de me donner de quoi nous nourrir, moi et mes cousins, en échange de sexe oral.
« Quand j’ai atteint 14 ans, la prostitution est devenue mon activité à temps plein », a-t-elle ajouté.
La prostitution occupa alors sa vie pour les 14 années suivantes.
« C'est tout ce que j'ai fait, jour après jour, les jours fériés, à Noël, à chacun de mes anniversaires – j'étais dans la rue. »
Longuement
incarcérée à plusieurs reprises au cours de cette période, elle
retournait à la prostitution aussitôt libérée, « parce que c'est tout ce
que je savais faire et tout ce à quoi j’étais bonne pour survivre: je
ne connaissais aucun autre moyen. »
« Je vivais une vie
sombre, violente, extrêmement dangereuse, avec de constants sévices et
la peur de ne jamais savoir si oui ou non j’allais survivre à chaque
nuit. En effet, des gangs et des voyous parcouraient les rues en
agressant les filles, en les battant pour les dépouiller de leurs
revenus – que les gangs appellent un loyer. »
Brutalement
battue et laissée pour morte à plusieurs reprises, elle a témoigné que
« les viols et parfois les viols collectifs faisaient partie du
boulot ».
« Ce fut une période vraiment sombre de ma vie, un endroit où je ne retournerai jamais. »
Mme
Subritzky attribue aux circonstances tragiques dans lesquelles naissent
bien des femmes le motif qui les amène à se vendre pour survivre.
« Chacune des femmes qui a pris la parole a dit avoir regretté être entrée dans l'industrie du sexe.
« Si
elles pouvaient recommencer leur vie avec la sagesse que donne le
recul, elles ne choisiraient pas de vendre leurs corps dans la
prostitution.
« Je connais beaucoup de femmes qui n’y
seraient jamais entrées s'il avait été illégal pour les hommes d’acheter
leur corps », a-t-elle conclu.
D'autres anciennes
prostituées qui se sont adressées à la commission spéciale ont décrit
leur toxicomanie comme un moyen de « se débrancher » de leur vécu en
prostitution, souvent jusqu’à la perte de conscience.
Une
femme dit avoir utilisé l’alcool comme mécanisme d'adaptation aux
agressions sexuelles subies plus tôt dans sa vie, en ajoutant qu’« un
jour, quelque chose s’est simplement brisé à l'intérieur de moi » et
elle s’est tournée vers la prostitution à l’âge de 32 ans.
«
Je n'avais plus le moindre souci de ce qui m’arrivait, et je me suis
dit aussi bien être payée pour avoir des relations sexuelles. »
«
Une fois, un homme m’a violée, et j’ai souvent eu extrêmement peur.
Chaque fois que j’étais prostituée, je ne savais pas si j'allais être
violée ou même assassinée. »
Cette femme a dit avoir reçu un diagnostic de stress post-traumatique et être en cours de traitement.
Elle a recommandé aux commissaires d’adopter le
modèle nordique préconisé par Mme Subritzky, parce que « présentement, la loi ne fonctionne pas ».
Le
modèle nordique – adopté en Suède et en Islande (NduT: ainsi qu'en
Norvège) – pénalise la demande de rapports sexuels tarifés tout en
décriminalisant les personnes prostituées.
C’est la
volonté de réduire la violence infligée aux femmes qui a sous-tendu
l’invention du modèle nordique, a expliqué Mme Subritzky.
Le
président de la commission parlementaire, M. Scott Simpson, a déclaré
que celle-ci prendrait en considération la pétition et publierait un
rapport l'année prochaine.
« Cela va nous donner beaucoup
de temps pour examiner soigneusement ce qui nous a été présenté
aujourd'hui », a ajouté M. Simpson.
Il a dit avoir trouvé « particulièrement puissantes » les dépositions des témoins anonymes.
© Fairfax NZ Nouvelles -
http://www.stuff.co.nz/national/politics/9428778/Ex-prostitutes-call-for-law-change
Traduction : Martin Dufresne
(trouvé sur la page Facebook d'Encore féministes)