ANgrywOmeNYMOUS


mercredi 5 juin 2013

Bordel Allemagne, suite et fin

[suite et fin plus rapide grâce à la traduction publiée il y a quelques heures sur ce blog]

Parfois, les filles sont envoyées par leurs propres familles. Comme Cora de Moldavie. La jeune fille de 20 ans enfonce profondément les mains dans les poches de son pull à capuche, les pieds cachés dans des pantoufles en peluche sur lesquelles sont cousus des yeux étonnés. Cora habite une auberge gérée par un centre d'assistance roumain aux victimes de trafiquants. Quand les filles ont 15 ou 16 ans en Moldavie, explique la psychologue de Cora, il n'est pas rare qu'elles entendent leurs frères et leurs pères dire : «Espèce de pute, dégage et ramène du fric.»
Ses frères ont emmené la jolie et sage Cora dans une discothèque de la ville la plus proche. Là elle devait juste servir des boissons, mais elle a rencontré un homme qui avait des contacts avec des Roumains : «Il a dit que je pouvais faire beaucoup plus d'argent dans les discothèques de là-bas.» Cora est partie avec lui, d'abord en Roumanie, puis en Allemagne.


À Nuremberg, elle a été violée pendant toute une journée, dit-elle, après cela, elle savait ce qu'elle avait à faire. On l’a mise dans une maison close de Frauentormauer, l'un des plus anciens quartiers «chauds» d'Allemagne. Elle recevait les hommes dans sa chambre, parfois jusqu’à 18 heures par jour. Elle affirme que des policiers venaient également au bordel – en tant que clients : «Ils n'ont rien remarqué. Ou bien, ils s’en sont moqués

Il y avait affluence au réveillon de Noël 2012 dans le bordel : le proxénète de Cora aurait exigé d'elle qu'elle travaille vingt-quatre heures d’affilée. Quand elle a refusé, il l'a poignardée au visage. La blessure saignait si fort qu'elle a été autorisée à se rendre à l'hôpital. Un client dont elle se souvenait du numéro de téléphone mobile l'a aidée à fuir en Roumanie, où Cora a porté plainte contre son bourreau. Celui-ci lui a téléphoné récemment depuis Nuremberg. Il allait la retrouver, a t-il menacé.

Malgré des histoires comme celles-là, les gens de la classe politique berlinoise ne ressentent pas de pression significative pour faire quelque chose. Cela vient du fait que, dans le débat autour de la prostitution, une attitude idéologique basée sur une certaine perception de ce qui serait politiquement correct pèse plus lourd que les réalités les plus atroces. Il y a un an, lorsque l'Université des sciences appliquées de Hambourg a tenu une conférence sur la prostitution en Allemagne, un participant a prétendu que la prostitution, à titre de métier sexuel reconnu, était «engagée dans un processus d'émancipation et de professionnalisation»...

De telles assertions scandalisent Rahel Gugel, professeure de droit. «C'est absurde. Cela n'a rien à voir avec la réalité», dit-elle. Spécialiste en droit du travail social à l'Université d'État coopérative de Baden-Württemberg, Gugel a consacré sa thèse au droit de la prostitution et a travaillé pour une organisation humanitaire.

Les partisans de la légalisation soutiennent que chaque personne a le droit d'exercer le métier de son choix. Certaines féministes vont même jusqu’à célébrer la prostitution comme une émancipation des femmes, parce que les femmes feraient là ce qu'elles veulent de leur corps. Dans la pratique, cependant, on constate rapidement à quel point la ligne est brouillée entre la prostitution volontaire et forcée. Des femmes comme Alina et Cora se sont-elles prostituées volontairement, ont-elles pris des décisions autonomes? «Il est politiquement correct en Allemagne de respecter les décisions individuelles des femmes», explique Maître Gugel. «Mais si on veut protéger les femmes, ce n'est pas la bonne base.»

Beaucoup de femmes vivent des situations émotionnelles ou économiques forcées. Il est prouvé que plus de la moyenne des prostituées ont été maltraitées ou négligées dans leur enfance. Des enquêtes ont montré que beaucoup d’entre elles vivent en état de choc post-traumatique. Les prostituées souffrent beaucop plus de dépression, de troubles anxieux et de toxicomanies que la population en général. La plupart ont été violées, beaucoup d'entre elles à plusieurs reprises. Dans les sondages, la plupart des femmes disent vouloir sortir - si possible - immédiatement
de la prostitution.

Bien sûr, il y a aussi ces femmes qui décident de louer leur corps parce qu'elles préfèrent cela à regarnir les rayons de supermarchés. Mais il y a tout lieu de croire qu'elles constituent une minorité – sauf qu'elles sont bruyamment représentée par quelques femmes propriétaires de bordels et lobbyistes pro-prostitution comme Felicitas Schirow.

Le droit allemand a
adopté une approche fondamentalement erronée, explique la professeure de droit Gugel. Qui veut protéger les femmes, doit restreindre la prostitution et, par exemple, sanctionner les clients. Un point de vue isolé, en Allemagne.
Mais pas en Europe. 

Certains pays qui prenaient une voie  semblable à celle de l'Allemagne s'en détournent aujourd'hui et suivent plutôt celle de la Suède. Deux ans avant que l'Allemagne adopte sa loi sur la prostitution, la Suède prenait le chemin inverse. L’activiste Kajsa Ekis Ekman se bat pour que toute l'Europe suive la Suède. Dans son livre "L’être et la marchandise" [Montréal, M Éditeur, 2013, merci Martin Dufresnes, NDLT] dans lequel elle décrit les conditions de vie des prostituées. Ekman voyage d'une ville européenne à l'autre, sorte d'ambassadrice de la lutte contre la traite des personnes.

À la mi-avril, la campagne d’Ekman l’a amenée à KOFRA, un centre de femmes de Munich. Ekman est blonde, petite et énergique, elle a
les yeux bleus. La Suédoise  est assise sur une étroite chaise de bois, et laisse le café refroidir dans sa tasse parce qu'elle a besoin de parler – comme si elle n’avait pas assez de temps pour tous les arguments qu’il lui faut donner.

Durant ses études à Barcelone, Ekman partageait un appartement avec une femme qui travaillait comme prostituée. Ekman a alors vu comment les prostituées travaillaient sous le joug des proxénètes. «Depuis que j’ai vu la façon dont ma colocataire vendait son corps, je m'en mêle», dit-elle. De retour en Suède, elle s’est dite étonnée par un débat public sur l'amour libre et l'autodétermination des prostituées. « J'avais vu bien autre chose», dit Ekman.


En 1999, quand la Suède a rendu illégal l'achat de services sexuels, ses voisins européens pouvaient à peine y croire. Pour la première fois, c’étaient les acheteurs et non les prostituées qui allaient être sanctionnés.

«La prostitution va maintenant s'épanouir dans l'ombre. C'est une
défaite pour le mouvement des femmes en Suède», voilà ce qu'écrit le "Frankfurter Allgemeine Zeitung", qui voit là un «féminisme dogmatique» à l'œuvre. Est-ce qu'une société qui se veut libre de toute pudibonderie peut sanctionner les hommes qui fréquentent des prostituées? Oui, elle le peut, répond Ekman, en citant les succès réalisés dans son pays : de moins en moins d’hommes paient pour du sexe et de plus en plus on voit ceux qui le font en avoir honte : «Avant l’entrée en vigueur de notre loi, un homme sur huit en Suède avait déjà acheté les services d'une prostituée», dit-elle, aujourd’hui, c'est un homme sur douze.

Bien sûr, la prostitution existe encore en Suède, mais la prostitution de rue a diminué de moitié. Le nombre total de prostituées a aussi diminué, passant d'environ 2 500 à environ 1000-1500 femmes. Des proxénètes amènent encore des femmes d'Europe de l'Est dans le pays en mini-fourgonnettes, ils campent souvent à la périphérie des villes, mais ils ne font guère d'affaires. Les détracteurs de la loi sont convaincus que la prostitution s'est déplacée dans les appartements et via Internet, et que certains hommes se rendent maintenant dans les bordels des pays baltes ou de l’Europe de l'Est.

La loi suédoise ne se fonde pas sur le droit de la prostituée de prendre des décisions autonomes, mais sur l’égalité de statut des hommes et des femmes, inscrite dans les constitutions suédoise et allemande. L'argument, en termes très simplifiés, est que la prostitution est une exploitation, et qu'il s’y trouve toujours un déséquilibre du pouvoir. Si les hommes peuvent acheter des femmes pour le sexe, cela cimente une image de la femme préjudiciable à l'égalité des droits et à l’ensemble des femmes.

La Suède sanctionne les prostitueurs, les proxénètes et les trafiquants – mais pas les prostituées. Cette approche vise à étouffer la demande de services sexuels tarifés et à rendre cette entreprise non rentable pour les rabatteurs et les exploiteurs. Il y a deux ans, les Suédois ont augmenté de six à douze mois de prison la peine maximale pour les clients de la prostitution.

Même si la police suédoise ne se montre pas toujours d'une régularité assidue dans la poursuite des clients, elle en a tout de même arrêté plus de 3 700 depuis 1999. Dans la plupart des cas, ceux-ci n’ont eu à payer qu’une amende. Certaines personnes contestent encore en Suède les mérites de cette loi restrictive, mais elle bénéficie d'un soutien considérable de la population. Dix ans après sa promulgation, plus de 70% des Suédois ont déclaré appuyer le fait de sanctionner les hommes qui paient pour du sexe.

En Allemagne, en revanche, la situation est telle que la chaîne de télévision RTL II diffuse une émission dans laquelle une équipe intitulée «Pimp my bordello » (Soutenez mon bordel) fait le tour du pays en rendant visite à des «bordels allemands en difficulté» pour y stimuler l'industrie du sexe avec de bons conseils. Ce sont des initiatives de ce genre qui ont poussé Alice Schwarzer, éditrice de la revue féministe EMMA, à envisager, «comme objectif à court terme» pour l'Allemagne, «un débat social aboutissant à la condamnation de la prostitution plutôt que, comme c'est le cas aujourd’hui, son acceptation et même sa promotion».

Pierrette Pape croit que la manière dont un pays voit la prostitution
n'est pas dénuée de conséquences «Un petit garçon grandit en Suède avec le fait que l'achat de sexe est criminel. En Hollande, le petit garçon grandit avec la vue de femmes assises derrière des vitrines et l'idée que l'on peut les acheter comme n’importe quel produit de consommation de masse. Cela a forcément une influence énorme sur la façon dont un homme pense et agit par la suite". Pape est la porte-parole du Lobby européen des femmes à Bruxelles, une organisation qui coordonne 2 000 organisations féministes en Europe.

Pour Pape, il est «surprenant» que l'Allemagne ne révise pas sérieusement sa politique relative à la traite humaine. « Le débat a démarré dans toute l'Europe, et nous espérons que les politiciens allemands ainsi que nos organisations humanitaires vont désormais accorder plus d'attention aux droits humains qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent

Plusieurs pays européens s'orientent désormais sur le modèle suédois. L'Islande a repris pour elle le règlement de Stockholm. Les politiciens envisagent même d’interdire la pornographie en ligne. Depuis 2009, la Norvège sanctionne également les clients de prostituées. Et à Barcelone, il est illégal de recourir aux services d'une prostituée de rue.

En vertu d'une loi finlandaise promulguée en 2006, les hommes peuvent être punis pour avoir acheté les services d'une prostituée qui travaille pour un souteneur ou qui est victime de la traite. Mais il s'est avéré impossible de prouver que les hommes savaient que c'était le cas. Le ministère finlandais de la Justice prépare actuellement une expertise pour savoir si la Finlande ne doit pas plutôt adopter le modèle suédois.

En France également, nombreux sont ceux qui veulent suivre la voie prise par la Suède. La ministre actuelle des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a fait, peu après son entrée en fonction, une annonce audacieuse : «Mon objectif, comme celui du PS, est de voir la prostitution disparaître», a-t-elle déclaré au Journal du Dimanche. Des hommes politiques et des sociologues ont tout de suite ridiculisé cette idée, la qualifiant d’«utopique». Des prostituées ont manifesté dans les rues de Lyon et de Paris. Le projet de loi de Vallaud-Belkacem appelle à un maximum de six mois de prison et une amende maximum de 3000 € pour les clients. Mais il faudra probablement un certain temps avant que l'idée s'impose au sein du gouvernement.

Et en Allemagne? Ici, on se dispute sur des changements infimes concernant la loi sur la prostitution - mais on ne fait quand même rien. En 2007, la ministre de la Famille de l’époque, Ursula von der Leyen (CDU) a voulu soumettre l'ouverture des bordels à l'approbation du gouvernement, avec l’appui d’une de ses collègues de la CDU, ministre de l'Intérieur de la Sarre à l'époque
Annegret Kramp-Karrenbauer [auj. présidente du Land, NDLT]. Mais il ne s'est rien passé. Elles n'ont pas obtenu de majorité au sein de leur parti.

En 2008, la Conférence des ministres responsables de l’égalité et des femmes a tenté d'introduire un règlement qui soumettrait les tenanciers de bordels à un test de fiabilité. Elles ont consulté leurs collègues de la Conférence des ministres de l'Intérieur. Rien n'a bougé.

En 2009, des politiciennes de la CDU, du SPD, du FDP (pro-entreprises) et des Verts du Land de Bade-Wurtemberg ont demandé que quelque chose soit entrepris contre la «formule inhumaine des services sexuels à prix forfaitaire». Mais rien n'a été modifié à la loi.
 

Les Pays-Bas avaient déjà choisi la voie de la déréglementation juridique, deux ans avant l'Allemagne. Aussi bien le ministre de la Justice néerlandais que la police nationale admettent aujourd'hui qu'il ne s’est produit aucun progrès palpable pour les prostituées depuis lors, que leur santé se serait plutôt dégradée, et qu'il y aurait plus de toxicomanes qu'avant parmi les prostituées. Selon l’estimation de la police hollandaise, de 50 à 90% des prostituées n'exercent pas cette activité de façon volontaire.

Lodewijk Asscher (SPD), estime maintenant que la légalisation de la prostitution a été «une erreur nationale». Entre temps le gouvernement néerlandais projette de durcir la loi pour lutter contre une hausse du trafic humain et de la prostitution forcée.
En Allemagne, on en est encore loin. Les Verts qui se sont prononcé pour la loi sur la prostitution il y a 12 ans, ne montrent pas le moindre regret. L'ancienne chef des Verts au parlement, Kerstin Müller nous fait savoir que ses priorités seraient ailleurs aujourd'hui. Irmingard Schewe-Gerigk, qui était aussi une députée de premier plan chez les Verts au moment où la loi a été adoptée, déclare: «La loi était bonne. Nous aurions dû juste la mettre en œuvre plus systématiquement.». Il est intéressant de souligner que Madame Schewe-Gerigk est maintenant présidente de l'organisation féministe Terre des Femmes, qui vise à instaurer «une société sans prostitution».

Le troisième pionnier de la nouvelle loi à l'époque, Volker Beck, continue également à la soutenir. Beck, ancien porte-parole de la politique juridique de son parti, réclame néanmoins de nouveaux programmes de soutien et de sortie du milieu pour les femmes. "La Suède ne peut servir de modèle pour l'Allemagne", «Une interdiction n'améliore rien, on se retrouve de nouveau avec des lieux difficiles à contrôler», dit le représentant des Verts. De plus, le commerce serait alors aux mains de bandes criminelles» - comme si elle était aujourd’hui entre les mains de gens d’affaires irréprochables.

Quelques collègues du parti en disconviennent. «Une grande partie du milieu prostitutionnel est déjà depuis longtemps dans l'illégalité», dit Thekla Walker, de Stuttgart. La présidente de l'organisation des Verts a, en effet, cherché il y a un mois à proposer une modification de la loi sur la prostitution au congrès de son parti
pour sa région du Bade-Wurtemberg.

«La prostituée autonome que nous nous représentions lorsque la loi sur la prostitution a été promulguée en 2001, celle qui négocie dans le blanc des yeux avec son client et peut subvenir à ses besoins avec son revenu, est une exception», lit-on sur une motion que Walker a présentée lors d'une convention du parti le mois dernier. Les lois actuelles ne protègent pas les femmes de l'exploitation, elles leur accordent «en fin de compte seulement la liberté de se laisser exploiter». Les Verts, écrit Walker, n’ont pas le droit de fermer les yeux sur les «conditions catastrophiques de vie et de travail d’un très grand nombre de femmes prostituées.»

C’est pourtant ce qu’ils ont fait. Walker a retiré sa motion, faute d’avoir la moindre chance d'obtenir une majorité. Les Verts ont décrété qu'il faudrait regarder de près si la loi nécessitait des améliorations.

En Allemagne, ceux qui parlent contre la légalisation sont considérés comme «prudes et moralisateurs», explique la professeure de droit Gugel. D'autre part, ajoute-t-elle, elle n'a pas le sentiment «que les politiciens témoignent de beaucoup d'intérêt pour la question».

Par contre,
la ministre de la Famille,Kristina Schröder (CDU), a pour projet de réprimer le trafic humain et la prostitution forcée. Toutefois, «malgré des efforts très intenses, les quatre ministères concernés n'ont pu se mettre d'accord», a déclaré le ministère de Madame Schröder par voie de communiqué. 
Sa volonté de réglementer les bordels de façon plus stricte a échoué face à l'opposition de la ministre de la Justice.
La Liberale [= membre du parti FDP qui gouverne malheureusement en coalition avec la CDU, NDLT] Sabine Leutheusser-Schnarrenberger considère toute réforme de la loi comme inutile et répète le vieil argument, à savoir que la loi allemande permet aux femmes de sortir de l'illégalité alors que la loi suédoise les oblige à l'obscurité.

Compte tenu de ce désaccord, ce serait un miracle si le gouvernement se décidait bientôt à mieux protéger les victimes du trafic humain. Au lieu de cela, les femmes continueront à ne devoir compter que sur elles-mêmes.
 

Alina de Sânandrei a réussi à s'enfuir du bordel Airport Muschis. Après un raid policier, elle et 10 autres femmes ont couru jusqu’à un restaurant turc du quartier. Le frère du propriétaire était un client. Il a caché les femmes et a loué un bus à ses propres frais. Puis il a essayé de les reconduire jusqu’en Roumanie. Les proxénètes ont tenté d'arrêter le bus, mais les femmes ont réussi à leur échapper.

Alina vit de nouveau chez ses parents. Elle ne leur a pas parlé de ce qui s'est passé. Elle travaille, mais ne veut pas dire  qu'elle fait. Ce qu'elle gagne, dit-elle, est suffisant pour ses billets de bus, des vêtements et un peu de maquillage.

Alina se rend encore quelquefois à l’AIDRom, un centre de consultation pour les victimes du trafic humain, situé dans la ville roumaine de Timisoara-Ouest. Elle parle avec la psychologue Georgiana Palcu, qui essaie de lui trouver un poste de stagiaire comme coiffeuse ou cuisinière. Palcu explique que les conversations avec les jeunes femmes revenues d'Allemagne sont «sans fin et difficiles».La psychologue tente de leur donner une perspective.

Mais elle ne se fait aucune illusion. Même si la fille trouve un emploi en formation, elle ne prendra probablement pas le job. Elle ne gagnera pas plus de 200 € pour des semaines de 40 heures. En conséquence, dit Palcu, beaucoup de celles qui sont rentrées d'Allemagne après y avoir été dévastées travaillent à nouveau comme prostituées. «Quest-ce que vous voulez que je leur dise?», demande-t-elle. «C'est la réalité. On ne peut pas vivre avec 200 €.»


Airport Muschis, le bordel de Schönefeld n'existe plus. Il a été remplacé par le Club Erotica, qui n'offre pas de taux forfaitaires. Mais les clients n'ont pas à se priver : quelques kilomètres plus loin, à Schöneberg, le King George a adopté la formule du prix forfaitaire. Son gestionnaire affiche le slogan "Geiz macht Geil"(«L'avarice est aphrodisiaque»). Pour 99 €, c'est sexe et alcool à volonté jusqu’à l’heure de fermeture. Le sexe anal, le sexe oral non protégé et les baisers avec la langue sont payables en sus. Tous les lundis, mercredis et vendredis les clients sont invités à un gang-bang.

En toute légalité.


RÉDIGÉ POUR DER SPIEGEL PAR CORDULA MEYER, CONNY NEUMANN, FIDELIUS SCHMID, PETRA TRUCKENDANNER et STEFFEN HIVER


Traduit de l'allemand vers l’anglais par Christopher Sultan

Traduit de l'anglais vers le français par Martin Dufresne
Modifié par Euterpe (non pas parce que je remets en cause la qualité de la traduction de Martin Dufresne mais parce que je dispose du texte original et que j'ai moins besoin d'introduire des explications que pour le Québec qui est loin de l'Europe. De plus, les initiales des partis allemands ne sont pas francisés en France (et autres détails comme d'avoir repris les termes exactes de la rédaction qui utilisent "clients" (voire "prétendants", traduction de "Freier"), même si, en tant qu'abolitionniste, je ne suis, bien entendu, pas d'accord avec l'emploi de tels euphémismes !).

lundi 3 juin 2013

Bordel Allemagne (suite)

[suite de la traduction commencée ici]

Tous les policiers qui travaillent dans le milieu prostitutionnel entendent ce même mensonge maintes fois répété, ainsi, derrière ce refrain, les indices d'un trafic humain de femmes vers l'Allemagne, sont indécelables. Cette déclaration fait des femmes comme Alina des prostituées volontaires, des entrepreneuses qui ont choisi leur activité  librement et à qui l'Allemagne veut donner de bonnes conditions pour exercer leur métier.
C'est comme cela que les politiques se représentent les prostituées : assurées sociales volontaires, travaillant dans la joie et la bonne humeur et un compte à la caisse d'épargne - les "travailleuses du sexe émigrées" comme les appellent les sociologues, des travailleuses indépendantes ambitieuses qui veulent tenter leur chance dans une Europe en expansion.
En 2001, le parlement allemand promulguait, avec les voix de la coalition SPD/Les Verts, une loi sur la prostitution qui devait améliorer les conditions de travail des prostituées. Les femmes allaient pouvoir se plaindre de leur salaire et cotiser à la sécu, au chômage et à la retraite. Pute - devait devenir un métier comme employée de banque ou assistante dentaire, il devait être accepté pas méprisé.
Suite à la promulgation de la loi au parlement, les propagandistes du travail volontaire du sexe, la ministre de la famille, Christine Bergman (SPD), avec la chef de la fraction des Verts au parlement, Kerstin Müller, célébrait la victoire avec une coupe de mousseux et trinquaient avec la tenancière d'un bordel berlinois, Felicitas Weigmann, qui s'appelle aujourd'hui Schirow de nom de famille. Trois femmes d'humeur à faire la fête parce que des hommes allaient pouvoir aller au bordel sans se poser de question.
Entre temps, beaucoup de policiers, des organisations de femmes et des politiques qui connaissent la prostitution de près, sont convaincus : la loi bien-pensante est juste un programme d'encouragement pour les proxénètes et rend attractif le trafic humain.
Avec la promulgation de la loi sur la prostitution, la loi pénal a été également modifiée. En remplacement de "encouragement à la prostitution" on a nommé le nouveau délit "exploitation de prostituées", le proxénétisme n'est plus un délit que s'il possède un caractère d'exploitation ou s'il est "dirigiste". La police et le justice désespèrent parce que de telles nuances sont impossibles à prouver. Un proxénète peut être considéré comme abusif lorsqu'il prend plus de la moitié des revenus d'une prostituée. C'est rarement prouvable. En 2000, 151 personnes ont été jugées pour proxénétisme, en 2011 il n'y en a eu plus que 32.
Les initiateurs de cette loi voulaient renforcer les droits des femmes - et pas ceux des bandits. Ils ont espéré que les tenanciers de bordels utiliseraient enfin l'occasion pour "instaurer de bonnes conditions de travail hors de tout délit" comme le ministère de la famille voyait la loi.
Avant cela, la prostitution n'était pas non plus passible de peine mais elle était considérée comme contraire aux bonnes moeurs. Les bordels étaient tolérés comme une "location de chambre à des fins commerciales".
11 ans après la valorisation de la prostitution, il y a 3000 à 3500 établissements de prostitution en Allemagne, d'après l'estimation de la société des entreprises de commerce érotique d'Allemagne (UEGD). Le syndicat des métiers de service Ver.di estime que le milieu de la prostitution en Allemagne dégage 14,5 milliards de chiffres d'affaire par an.
A Berlin, il y aurait 500 bordels, dans le pas très grand Osnabrück on en estime le nombre à 70, dans la petite Sarre, il y en aurait 270. Les bordels de la Sarre sont visités par beaucoup de Francais. Dans les environs de l'aéroport, des clients viennent d''Angleterre et d'Italie.
Les organisateurs de voyage offrent jusqu'à des tours de 8 jours dans des bordels allemands. Les excursions seraient "légales" et "sûres" est-il écrit sur un site à ce sujet. On y promet aux intéressés jusqu'à 100 femmes totalement nues" qui portent des chaussures à talons aiguille. Pour le parcours depuis l'aéroport aux clubs, une BMW est mise à disposition (plus sur le tourisme sexuel en Allemagne sur SPIEGEL TV le 9 juin à 22.15 h. sur RTL).


À côté de Clubs dit naturistes ou saunas - les clients portent une serviette autour des hanches, les femmes sont nues - c'est là que les grands bordels se sont implantés. Ils font de la publicité pour des tarifs "tout inclusif". Lorsqu'en 2011, le Pussy-Club a ouvert à côté de Stuttgart, les tenanciers distribuaient de la pub : "Du sexe avec toutes les femmes aussi longtemps que tu veux, aussi souvent que tu veux et comme tu veux. Sexe, Sexe anal. Sexe oral. Nature. Sexe de groupe à 3. Gangbang". Pour 70 euros la journée, 100 le soir.
Selon la police, le weekend de l'ouverture ce sont 1700 clients qui répondirent à l'offre. Des bus vinrent de loin.  Les journaux locaux écrivirent qu'il y avait un queue de près de 700 hommes devant le bordel. Sur les forums d'internet, les clients s'échangèrent leur opinion sur le service qui aurait été insuffisant : après quelques heures les femmes n'auraient plus fonctionné que de facon limitée.

Le commerce serait devenu plus dur, dit une travailleuse de rue de Nuremberg, Andrea Weppert, qui s'occupe depuis 20 ans de prostituées. Le nombre des prostituées aurait triplé. Plus de la moitié des prostituées n'auraient pas d'appartement mais voyageraient de ci de là selon qu'elles penseraient pouvoir gagner un peu plus.
Aujourd'hui, il y aurait un "grand pourcentage de prostituées qui n'auraient pas de soirées de libre, ne pourraient pas rentrer à la maison mais devraient se tenir en permanence sur leur lieu de travail" comme une ex-prostituée dont le pseudonyme, Doris Winter, le décrit pour un dossier scientifique intitulé "la loi sur la prostitution". "Les femmes habitent majoritairement dans la pièce où elles travaillent". 
À Nuremberg, cette pièce coûte de 50 à 80 euros par jour, dit la travailleuse de rue, Andrea Weppert. Dans les maisons de passes, où il y a beaucoup de clients le prix de la chambre peut aller jusqu'à 160 euros/jour. Les conditions de travail auraient "empiré ces dernières années". Dans l'ensemble, en Allemagne, il y aurait "plus de services pour moins d'argent dans des conditions beaucoup plus risquées qu'il y a dix ans".
Que les femmes affluent sur le grand marché de la prostitution, même les tenanciers de bordel le confirment. Holger Rettig de l'UEGD dit que depuis l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'UE, l'arrivée de femmes de ces pays a beaucoup augmentée. "Cela a conduit à une chute des prix", dit Rettig. Dans la prostitution règnerait une "logique mercantile radicale, pas sociale".
Le président de la police munichoise, Wilhelm Schmidbauer, se plaint du "trafic humain en provenance de Roumanie et de Bulgarie (qui) a explosé" Mais il n'a aucun moyen pour enquêter. Il n'a pas le droit de recourir à l'écoute téléphonique. "Résultat : il n'y a pratiquement aucune plainte concernant un trafic humain" dit Schmidbauer. "Nous ne pouvons rien prouver".
C'est ainsi qu'il est quasiment impossible de suivre la trace qui conduit des coins les plus misérables d'Europe où se trouve de la marchandise fraîche jusqu'aux bordels allemands. Marchandise comme Sina. Elle a raconté aux psychologues du centre d'informations pour les femmes de Stuttgart son chemin jusqu'aux bordels forfaitaires d'Allemagne.
Corhana, son village roumain d'origine, qui se trouve à la frontière de la Moldavie, ne possède aucun réseau hydraulique. Sina et les autres filles allaient tous les jours à la fontaine. C'était une scène comme dans "Cendrillon" : à la fin, toutes rêvaient de l'homme qui allait venir les tirer de leur triste quotidien.
L'homme qui passa finalement à côté de la fontaine avec sa grosse BMW s'appelait Marian. Sina tomba amoureuse de lui au premier regard. Il parla de travail en Allemagne, ses parents signèrent le formulaire dont elle avait besoin pour voyager étant mineure.Lors de la traversée en bateau en Rhénanie-Palatinat, il lui donna de l'alcool et coucha avec elle.
Marian la livra ensuite au bordel forfaitaire "No limit". Sina avait juste 16 ans et dut servir jusqu'à 30 hommes par jour. De temps en temps, elle recevait une ou deux centaines d'euros. Un moment donné, Marian la renvoya en Roumanie de peur des contrôles de police. Mais elle revint et continua. Le conte ne s'appelait plus "Cendrillon" mais "Pretty Woman". Elle espérait qu'un client tomberait amoureuse d'elle et la délivrerait.
Est-ce que la loi sur la prostitution a amélioré la vie de femmes comme Sina ? La ministre de la famille fit faire, cinq ans après, une évaluation pour déterminer ce qu'avait apporté la loi sur la prostitution. Dans le compte-rendu, il est écrit que le but ne serait atteint que de facon "assez limitée". La libéralisation de la prostitution n'aurait "pas eu d'effet vraiment mesurable sur l'amélioration des conditions de sécurité sociale des prostituées". Pas plus les conditions de travail que les possibilités d'en sortir n'auraient progressé. Et pour ce qui est "d'un effet de diminution de la criminalité" par cette loi, il n'y aurait "jusqu'à présent aucune preuve tangible".
Il n'y a guère de tribunal qui peut témoigner d'une plainte déposée par une prostituée sur son salaire. Seul 1% des prostituées disent avoir signé un contrat de travail. Cela n'a servi à rien de la part du syndicat Ver.di d'avoir concu un formulaire modèle "dans le domaine des services sexuels". Lors d'un questionnaire de Ver.di, une tenancière de bordel (elle voulait se prémunir d'une descente) affirma qu'il y avait dans cette loi plus d'avantages pour les tenanciers de bordel que pour les prostituées.
Si quelqu'un, en Allemagne, veut ouvrir une baraque à frites ambulante, il/elle doit se conformer à la norme DIN 10500/1 pour "véhicule de commerce pour aliments facilement périssables" dans laquelle il est écrit qu'il doit s'y trouver un distributeur de savon et des serviettes jetables. Un tenancier de bordel n'a pas  de contrainte de cette sorte : il doit juste dire quand il ouvre sa boutique.
Les prostituées continuent à ne pas rendre public leur existence auprès de l'administration [en Allemagne, il est obligatoire pour avoir un logement de s'inscrire à la police du quartier. C'est cela que ne font pas les prostituées, ce qui leur enlève d'ailleurs pas mal de droits comme, par exemple, celui d'accéder à une assurance sociale NDLT]. À Hambourg avec son célèbre Reperbahn [quartier de la prostitution NDLT] seules 153 femmes ont suivi le réglement et se sont inscrites au fisc de la ville de la Hanse ["ville de la Hanse" = (ici) synonyme de "Hambourg" NDLT]. L'État veut que les prostituées paient des impôts. Doit-il en contrepartie établir des règles pour ce métier ?
Quel rôle étrange l'État s'est-il choisi, c'est ce que l'on peut observer dans les rues  de Bonn. Le soir, les femmes doivent retirer un ticket du fisc à un distributeur automatique pour prostituées, valable jusqu'au lendemain matin 6.00 h. Le ticket coûte six euros.
Dans le nord de Cologne, où la ville possède un trottoir près de la Geestemünder Straße pas loin de l'usine Ford,  on ne prélève pas d'impôt. C'est un projet social. Sous le toit d'une grange, on a installé des box pour la prostitution. Il manque un panneau indiquant "trottoir" ; un panneau devant l'aire grillagée où l'on ne rentre qu'au maximum à 10 à l'heure et ressort dans le sens des aiguilles d'une montre.
Le long du bord intérieur, ce soir glacé de printemps, 20 femmes sont là, quelques unes ont apporté un siège de camping, d'autres sont assises dans une cabine de bus recyclée. Lorsqu'un client s'est entendu avec une prostituée, il se rend en voiture dans l'un des box : sous le toit de grange, il y en a 8 de cette sorte, et, pour les cyclistes et les piétons, une pièce spéciale avec un sol en béton ou un banc de parc. Dans chaque box, il y a un bouton d'alarme, le service social des femmes catholiques est tous les soirs sur place.
Alia, une femme de 23 ans, avec une perruque blonde et engoncée dans un corsage, tente de dissimuler son haleine sentant l'alcool à l'aide d'un bonbon à la menthe. Alia dit d'elle et de ses collègues : "Qui travaille ici, a de sacrés problèmes" [elle veut dire : "psychologiques", NDLT].
Le chemin d'Alia jusqu'à la Geestemünder Straße part de l'école qu'elle a abandonnée et d'un copain chez qui elle s'est installée et qui l'a envoyée se prostituer. Elle aurait commencé à se prostituer par "manque d'argent et par amour". Marijuana, cocaine, amphétamine et alcool s'y sont ajoutés. "Il n'y a pas de prostitution sans contrainte ni détresse" dit-elle. Cela fait trois ans qu'elle est là. "Une femme qui va bien ne fait pas ce travail".
40 euros, ce fut jadis le tarif des relations vaginales et orales dans la Geestemünder Straße. Mais quand Dortmund a fermé son trottoir, il est venu plus de femmes à Cologne, dit Alia. "Il y en a de plus en plus et elles abaissent de plus en plus les prix de facon à avoir au moins quelque chose", se plaint-elle. Les Bulgares et les Roumaines prendraient parfois moins de 10 euros. "Il y en a une ici qui le fait même pour un Big Mac".
Mais les femmes d'Europe de l'Est ne travaillent guère dans la Geestmünder Straße. Les contrôles réguliers de passeport par la police les en ont chassées - alors que ces contrôles devaient permettre de trouver et de protéger les victimes de trafic humain et de prostitution forcée. Maintenant les filles travaillent sur le trottoir de Cologne-Sud. Mais les prix se détériorent au nord comme au sud.

La fondatrice du "groupe de travail sur le trafic humain" au congrès US, Caroline Maloney, déclara en 2007 à propos des suites de la légalisation de la prostitution autour de la ville du jeu, Las Vegas dans le Nevada, "Nous avons été naifs de croire que la prostitution légale améliorerait la vie des prostituées, ferait disparaître la prostitution située hors des circuits légaux, et aurait éloigné de ce commerce les organisations criminelles", dit la femme politique du parti démocrate "comme tous les contes de fées cette croyance s'est avérée relever de la pure imagination".
Les enquêteurs du milieu se plaignent de n'avoir aucune possibilité d'entrer dans les bordels.L'Allemagne serait devenue "le centre de l'exploitation sexuelle des jeunes femmes d'Europe de l'Est et le champ d'action des groupements mafieux du monde entier" d'après l'inspecteur criminel en retraite, Manfred Paulus de Ulm, qui fut autrefois enquêteur dans le milieu de la prostitution et s'occupe maintenant d'avertir les femmes de Bulgarie et de Biélorussie de ne pas se laisser entraîner en Allemagne.
D'après les statistiques, l'Allemagne n'aurait aucun problème avec la prostitution et le trafic humain. Selon la police criminelle (BKA), on a recensé, en 2011, exactement 636 cas de "trafic humain avec projet d'exploitation sexuelle", presque un tiers de moins que dix ans auparavant. 13 des victimes avaient moins de 14 ans, les 77 autres n'avaient pas encore 18 ans.
Il y aurait beaucoup de femmes des pays de l'UE "dont la situation est soupconnée de relever du trafic humain, cependant les preuves sont difficiles à rassembler" d'après la BKA. Tout dépend donc des témoignages des femmes. Sauf que "principalement les victimes présumées de Roumanie et Bulgarie, montrent peu de volonté de coopérer avec la police et les centres de conseil". Et si les femmes arrivent tout de même à témoigner de quelque chose, elles se rétractent plus tard".
Une étude de l'institut Max Planck sur le droit pénal international et étranger assure que les chiffres officiels concernant le trafic humain ne témoignent guère "de l'ampleur véritable du délit".
La commissaire européenne Cecilia Malmström a déposé il y a peu un compte-rendu sur le trafic humain, dans lequel on dénombre 23 600 victimes, les 2/3 exploitées sexuellement. La Suédoise voit là un signe que les bandes criminelles étendent leur commerce. Malgré cela le nombre de cas jugés diminuent parce que la police ne peut rien faire. Malström enjoint l'Allemagne à faire plus d'effort.
Mais que faire puisque la loi allemande sur la prostitution soutient les trafiquants ? La loi n'aurait-elle pas d'ailleurs développé la prostitution et ainsi le trafic humain ?
Axel Dreher, professeur de politique de développement économique internationale, titulaire d'une chaire à l'université de Heidelberg, a essayé de répondre à cette question. Dreher a examiné les statistiques de 150 pays, ses données étaient imprécises, comme tout dans ce domaine, mais il a pu isoler une tendance : là où la prostitution est légale il y a plus de trafic humain qu'ailleurs. 
La plupart des femmes qui arrivent dans la prostitution en Allemagne ne sont pas kidnappées dans la rue, la plupart d'entre elles ne croient pas sérieusement qu'elles vont travailler ici comme marchandes de petits pains. Souvent elles suivent volontairement, comme Sina, un homme dont elles sont tombées amoureuses, ou elles savent, comme Alina, qu'il s'agit de prostitution. Mais elles ne savent pas l'horreur qui les attend et qu'il ne restera presque rien de leur argent.   
Là-dessus s'ajoutent des cas terrifiants. En décembre, le film "Filles jetables" de la série "Tatort" [= "Lieu du crime" [NDLT] de Hanovre a choqué le public télévisuel. Des proxénètes jetaient après une orgie sexuelle deux jeunes femmes grièvement blessées dans une poubelle comme des détritus. Quelques jours seulement après cette projection la police munichoise trouvait sur un petit carré de pelouse de Munich une chose humaine gémissante à peine vêtue.
Elle avait 18 ans et s'était enfuie d'un bordel. La Roumaine raconta à la police qu'elle avait été abordée dans la rue de son village natale par trois hommes et deux femmes. Les inconnus lui auraient promis un job comme bonne d'enfants. Lorsqu'elle est arrivée à Munich, ils lui auraient bandé les yeux et l'aurait conduite dans une cave blindée dont la porte ne s'ouvrait qu'avec un code de sécurité.
Dans la pièce sombre d'autres filles étaient assises sur des lits superposés, derrière le mur, on entendait de l'eau couler. La police suppose que la cache se situe dans une usine vide près de l'Isar. Les hommes l'ont violées puis battus lorsqu'elle a refusé de travailler dans un bordel.
La police n'était d'abord pas sûre de la véracité de l'histoire. Mais la fille se souvenait des noms des proxénètes. Ils ont été arrêtés et mis en garde-à-vue. Mais comme ils se taisent, la police n'a pas pu trouver la cache sinistre jusqu'à aujourd'hui. La Roumaine a été placée quelque part dans un programme de protection des témoins. 

Parfois, les filles sont envoyées par leur famille. Comme Cora de Moldavie.
             

"Les gens croient qu’être nue, c’est être prostituée"


Inna Chevtchenko (Femen) : "J'utilise mon corps comme un poster"

Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 01/06/2013
VIDEO "La nudité est non seulement normale pour nous, mais elle est aussi notre instrument politique."
Elle n’a que 23 ans. Pourtant, ses photos ont fait le tour du monde. Inna Chevtchenko a fondé Femen avec d’autres amies ukrainiennes en 2008. Le mouvement a essaimé rapidement. Il revendique 300 membres et près de 300 000 sympathisants. À l’occasion d’un livre collectif qui paraît chez Calmann-lévy, "La Libre Belgique" l’a interviewée.
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Étrange question C’est parce que nous avons quelque chose à dire ! Nous y expliquons ce qui est important dans le combat des femmes et comment nous l’avons développé.
Vous avez étudié le journalisme en Ukraine...
Oui, j’ai travaillé un an au service de presse du maire de Kiev mais, quand je suis devenue activiste chez Femen, j’ai perdu mon travail. À cette époque, Femen ne faisait pas du topless, juste des manifestations classiques. Nous avons commencé à dénoncer la prostitution. Mon patron n’a pas aimé.
Vous dites dans votre livre que ce qui vous séduit dans Femen, c’est “l’action pour l’action”…
Le féminisme classique a développé une forte partie théorique mais manque d’action. Il faut agir. Le monde en a besoin. Il est important de montrer que les femmes peuvent agir. Le féminisme n’est pas une idéologie qui protège les droits des femmes dans des conférences ou des livres, mais aussi dans la rue, par revanche si nécessaire.
Votre première action, c’était contre l’industrie du sexe en Ukraine. Vous avez utilisé votre propre corps pour dénoncer cette industrie. Y a-t-il contradiction ?
Non. Les gens croient qu’être nue, c’est être prostituée. La nudité est non seulement normale pour nous, mais elle est aussi notre instrument politique, notre façon de protéger nos convictions et notre liberté. La société ne voit que la fonction sexuelle. Alors nous disons que si vous ne voyez que la fonction sexuelle, nous allons l’utiliser comme instrument politique. J’utilise mon corps comme un poster. J’écris sur mon corps tout ce que je veux dire au monde. Car le monde ne nous écoute pas, parce que nous sommes des femmes.
Pour attirer l’attention, vous devez exposer votre corps ?
Non pas "exposer". Nous voulons donner une nouvelle signification à la nudité. Plutôt que de couvrir le corps, comme l’ont fait des féministes, nous le montrons en disant que nous ne sommes pas coupables à cause de cela. Notre corps est quelque chose que nous pouvons contrôler - et non l’homme ou la société.
Cela attire la presse…
Sûrement. J’appelle cela de la collaboration. Les médias ont besoin de la provocation, de ce genre d’images qu’ils vendent. Les médias nous utilisent. En même temps, nous les utilisons pour promouvoir nos propres idées.
Vos slogans sont assez simples. Avez-vous des revendications plus précises ?
Vous savez, dans l’histoire des révolutions, il y a toujours eu des slogans courts. Nous sommes la révolution. Nous utilisons des moyens extraordinaires pour nous battre. Nous mélangeons plusieurs techniques. Le féminisme ne doit pas se cantonner dans un milieu intellectuel. Nous voulons toucher les masses, tout le monde. C’est pourquoi les slogans sont courts et clairs. Mais chaque fois que nous protestons, nous proposons aussi une alternative. Par exemple, quand nous protestons contre la prostitution, nous proposons la criminalisation de la clientèle de la prostitution.
Vous ne risquez pas que les gens se rappellent plus vos photos que du message ?
Quand j’entends vos questions, je crois que vous ne vous intéressez pas à la taille de mes seins Ce qui veut dire que le message atteint son objectif.
Est-ce que votre mouvement est influencé par la Révolution orange en Ukraine et les autres révolutions qui ont précédé, comme le renversement de Milosevic en Serbie ?
Oui, toutes ces révolutions colorées ont été influencées par les techniques de non-violence développées aux Etats-Unis par Gene Sharp. Dans un certain sens, nous sommes les enfants de la Révolution orange. J’avais quinze ans. J’ai entendu les mots démocratie. J’ai vu ma mère, totalement apolitique, parler soudainement de politique. Le pays était sens dessus dessous. Notre jeune génération a senti l’air frais qui soufflait. Puis est venue la désillusion Le gouvernement a changé. Mais cet air frais nous a incitées à commencer notre propre combat.
Votre père est officier militaire à la retraite. Accepte-t-il ce que vous êtes devenue ?
Il comprend mieux que ma mère, qui est une femme classique ukrainienne Mon père m’a soutenue dès le début, jusqu’au moment où c’est devenu dangereux pour ma vie. Depuis que j’ai passé plusieurs jours en prison, et surtout depuis que je suis allée en Biélorussie où j’ai presque été tuée, ils s’inquiètent. Mais d’un point de vue idéologique, ils me soutiennent. Je crois même que j’ai réussi à faire de ma mère une féministe !
Comment voyez-vous les hommes, en général ?
Comme je vois les femmes. Certaines sont féministes, d’autres non. Mais si vous voulez savoir si nous sommes contre les hommes, non ! Ce n’est pas une question de genre.
Liez-vous les hommes au pouvoir ?
Oui, parce que nous vivons dans un monde d’hommes. Notre principale cible est le patriarcat. Tout le système économique et politique est dominé par l’homme. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes contre les hommes. Nous sommes là pour arrêter ce gâchis et obtenir l’égalité.
Quel est l’homme que vous admirez le plus ?
Vous savez, mes seuls héros sont ceux qui se battent anonymement, chaque jour, pas ceux qui apparaissent devant des caméras et restent assis confortablement dans leurs chaises.
En août de l’année dernière, vous avez scié une croix chrétienne à Kiev, ce qui vous vaut aujourd’hui un mandat d’arrêt en Ukraine. Quel était votre objectif ?
Cette action a été l’une des plus réussies et des plus symboliques de Femen. Nous sommes contre la religion, athées, nous sommes féministes. Le but à Kiev était de soutenir les "Pussy Riot", les activistes russes aujourd’hui en prison pour avoir fait une action contre Poutine dans une église à Moscou. Notre point de vue est que la religion ne peut pas dicter la vie sociale et politique et remplacer la loi. Il était important qu’un symbole religieux soit abattu par des femmes, car celles-ci ont toujours été opprimées par la religion, qui leur a induit un sentiment de culpabilité et de saleté. Symboliquement, c’était très fort. J’ai scié la croix avec une tronçonneuse, symbole de la société industrielle.
Voyez-vous la religion comme une institution ou une foi personnelle ?
Nous ne parlerons jamais de la foi, mais de l’influence des traditions et des institutions religieuses sur la vie sociale. Cela nous est égal de savoir combien de fois par jour vous priez.
Mais ce genre d’actions peut heurter la foi de certains croyants…
Évidemment. Mais je suis athée. Personne ne pense qu’une croix de huit mètres de haut, dressée au milieu d’un parc important d’une ville européenne comme Kiev, peut aussi heurter mes sentiments. Je passais devant cette croix chaque jour
À cause de cette action, vous ne pouvez plus rentrer en Ukraine ?
Si je rentre, je serai arrêtée. Un dossier judiciaire a été ouvert. Je pourrais passer cinq ans en prison. C’est pour cela que j’ai demandé l’asile politique à la France.
L’action en Tunisie augure-t-elle d’autres dans le monde musulman ?
Mercredi, ce fut la première action seins nus dans un pays musulman. Il y en aura d’autres. Après le printemps arabe, il y a un hiver. Nous pensons que la seconde révolution dans ces pays sera faite par les femmes.
La liberté d’action dont vous disposez dans le monde occidental, l’aurez-vous dans des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite ?
Le danger est plus grand. C’est pourquoi nous nous préparons avec soin. Nous irons en Iran, mais nos préparatifs ne sont pas encore terminés.
Vous écrivez dans votre livre que vous pourriez finir “quelque part en Irak ou en Iran, découpée par une foule fanatique”…
Il y a un danger, c’est vrai. Je ne le souhaite pas, mais cela peut arriver. À Minsk, j’ai été dans les mains de tueurs pendant 24 heures. Cette phrase veut dire que nos ennemis sont capables du pire pour nous stopper. Ces gens-là sont irrités par trois femmes nues et capables de tuer plutôt que d’accorder aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes.
D’où vient toute votre énergie ?
Je ne sais pas. C’est de la colère qui bouillonne en moi. Je n’aime pas quand des gens me demandent pourquoi nous faisons des choses si courageuses. C’est comme s’ils ne comprenaient pas que le temps de la revanche est arrivé pour les femmes dont les droits sont bafoués. Chaque jour, il y a de plus en plus de victimes. Des femmes battues par leur homme, leur mari, leur père. Des femmes couvertes de la tête aux pieds. Des femmes condamnées à la peine de mort. À chaque fois que nous faisons une action, ma colère grandit car je vois combien les gens tentent de nous faire taire.

Sur la libre.be

dimanche 2 juin 2013

Bordel Allemagne (traduction)

Traduc' (progressive (chaque moment de libre un peu), de l'article "Bordell Deutschland" in : SPIEGEL n°22/27.5.13)

Sans protection

La prostitution est censée être en Allemagne un métier comme n'importe quel autre. Les politiques se considèrent comme libéraux, mais la situation de beaucoup de femmes est terrible : elles sont exploitées par des proxénètes et des trafiquants d'êtres humains.

Sânandrei en Roumanie est un village pauvre avec des maisons délabrées et des chemins boueux. 80 % des jeunes n'y ont pas de travail, et une famille peut s'estimer heureuse quand elle possède un jardin dans lequel poussent des légumes et des patates.
Alina est devant la maison de ses parents, l'une des plus vieilles de Sânandrei, elle porte des bottes de fourrure, un jean étroit et raconte pourquoi elle voulait s'en aller, il y a 4 ans, alors qu'elle en avait tout juste 22. Elle parle de son père qui buvait, qui battait sa mère et parfois sa fille. Alina n'avait pas de travail et pas d'argent.
Par le nouvel ami d'une amie elle avait entendu parler de l'Allemagne : que l'on pouvait se faire facilement 900 euros par mois en se prostituant.
Alina se mit à réfléchir. Tout lui sembla mieux que Sânandrei. "Je pensais que j'aurais ma propre chambre, une salle de bain et pas beaucoup de clients." En été 2009, son amie et elle sont montées dans la voiture de l'homme et ont traversé la Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie jusqu'à la capitale allemande. Pas dans le quartier chic de Berlin-Mitte mais à Schönefeld, où déjà le nom de l'établissement indiquait le niveau "Airport Muschis" ["Muschi" signifie "vulve" en argot allemand ("la moule") NDLT]. Spécialité de la maison : les tarifs forfaitaires. Pour 100 euros la soirée, le client s'offrait du sexe à volonté aussi souvent et aussi longtemps qu'il le voulait.
Tout se passa très vite, raconte Alina. Il y avait là des Roumains qui connaissait  l'homme avec lequel elles étaient venues. Elle dut donner ses effets et recevoir en échange des dessous minuscules. Quelques heures après son arrivée, elle dut recevoir les premiers clients. Si elle n'était pas assez gentille  avec eux, on lui diminuait ses revenus.
Les clients berlinois payaient le forfait à l'entrée. Certains à l'aide de produits spéciaux tenaient toute la nuit. Il y avait la queue devant la chambre d'Alina. Au bout d'un moment, elle a renoncé à compter le nombre d'hommes qui montaient dans son lit. "Je l'ai refoulé", dit-elle, "ils étaient tellement ! Tous les jours".
Alina dit qu'elle et les autres femmes devaient donner 800 euros par semaine aux proxénètes. Dans un dortoir, elle devait partager un lit avec trois autres femmes, il ne s'y trouvait aucun autre meuble. De l'Allemagne elle n'aurait vu que la station-service Esso du coin. Là, elle avait le droit, accompagnée d'un surveillant, d'acheter des cigarettes et des chips. Le reste du temps, elle était sequestrée dans le club.
D'après l'enquête qui a été faite par la suite, les femmes du club offraient des relations vaginales, orales et anales et lors des gangbang devaient servir plusieurs clients en même temps. Sans capote. "Je n'avais pas le droit de refuser quoi que ce soit" dit Alina. Pendant les règles, elle se mettait une petite éponge à l'intérieur pour que les clients ne s'en apercoivent pas.
Elle n'a presque pas été battue, les autres femmes non plus. "Ils ont dit qu'ils connaissaient assez de gens en Roumanie, qu'ils savaient où habitaient nos parents. Cela a suffit". De temps en temps, Alina appelait sa mère sur un portable. Elle lui mentait, racontait que c'était super en Allemagne. Une fois, un proxénète donna 600 euros à Alina, elle parvint à l'envoyer à sa famille.
L'histoire d'Alina n'est pas unique en Allemagne. Des organisations humanitaires et des experts évaluent à 200 000 les prostituées qui travaillent en Allemagne. D'après plusieurs enquêtes - comme celles de Tampep, le réseau européen pour la prévention contre le HIV/STI et de santé chez les travailleuses du sexe migrantes - 65 à 80% des femmes viennent de l'étranger. La plupart vient de la Roumanie et de la Bulgarie.
La police ne peut pas aider des femmes comme Alina. Les proxénètes  sont préparés aux descentes, dit Alina, ils se vantaient de connaître des policiers."Ils savaient quand un contrôle devait avoir lieu". Elle n'a donc jamais osé se confier à un policier.
Les proxénètes disaient aux filles quelle histoire elles devaient raconter. L'histoire était la suivante : la femme avait fait une recherche sur Google par internet depuis la Bulgarie, par exemple, et vu qu'on pouvait gagner beaucoup d'argent dans un bordel en Allemagne. Elle s'était achetée un ticket de bus et était venue sonner à la porte du club.
Toute seule.

Il y a de fortes chances pour que chaque policier travaillant dans le milieu prostitutionnel entende ce même mensonge maintes fois répété, ainsi derrière ce refrain tous les indices d'un trafic humain de femmes vers l'Allemagne, sont dissimulés. Cette déclaration fait des femmes comme Alina des prostituées volontaires, des entrepreneuses qui ont choisi leur activité  librement et à qui l'Allemagne veut donner de bonnes conditions pour exercer leur métier.
C'est comme cela que les politiques se représentent les prostituées : assurées sociales volontaires, travaillant dans la joie et la bonne humeur et avec un compte à la caisse d'épargne - les "travailleuses du sexe émigrées" comme les appellent les sociologues, des travailleuses indépendantes ambitieuses qui veulent tenter leur chance dans une Europe en expansion.
En 2001, le parlement allemand promulguait, avec les voix de la coalition SPD/Les Verts, une loi sur la prostitution qui devait améliorer les conditions de travail des prostituées. Les femmes allaient pouvoir porter plainte en cas de problème concernant leur salaire et cotiser à la sécu, au chômage ainsi qu'à la retraite. Pute - devait devenir un métier comme employée de banque ou assistante dentaire, il devait être accepté pas méprisé.
Suite à la promulgation de la loi au parlement, les propagandistes du travail volontaire du sexe, la ministre de la famille, Christine Bergman (SPD), avec la chef de la fraction des Verts au parlement, Kerstin Müller, célébrait la victoire avec une coupe de mousseux et trinquaient avec la tenancière d'un bordel berlinois, Felicitas Weigmann, qui s'appelle aujourd'hui Schirow de nom de famille. Trois femmes d'humeur à faire la fête parce que des hommes allaient pouvoir aller au bordel sans se poser de question.
Entre temps, beaucoup de policiers, des associations pour les droits des femmes et des gens de la classe politique qui connaissent la prostitution de près, en sont convaincus : la loi bien-pensante est juste un programme d'encouragement pour les proxénètes et rend attractif le trafic humain.
Avec la promulgation de la loi sur la prostitution, la loi pénale a été également modifiée. En remplacement de "encouragement à la prostitution" on a nommé le nouveau délit "exploitation de prostituées", le proxénétisme n'étant encore considéré comme un délit s'il possède un caractère d'exploitation ou s'il est "dirigiste". La police et le justice désespèrent parce que de telles nuances sont impossibles à prouver. Un proxénète peut être considéré comme abusif lorsqu'il prend plus de la moitié des revenus d'une prostituée. C'est rarement prouvable. En 2000, 151 personnes ont été jugées pour proxénétisme, en 2011 il n'y en a eu plus que 32.
Les initiateurs de cette loi voulaient renforcer les droits des femmes - et pas ceux des malfrats. Ils ont espéré que les tenanciers de bordels utiliseraient cette loi pour (enfin) "instaurer de bonnes conditions de travail hors de toute illégalité" comme le ministère de la famille voyait les choses.
Avant cela, la prostitution n'était pas non plus passible des tribunaux mais elle était considérée comme contraire aux bonnes moeurs. Les bordels étaient tolérés sous l'appelation de "location de chambre à des fins commerciales".
11 ans après la valorisation de la prostitution, il y a 3000 à 3500 établissements de prostitution en Allemagne, d'après l'estimation de la société des entreprises de commerce érotique d'Allemagne (UEGD). Le syndicat des métiers de service Ver.di estime que le business de la prostitution en Allemagne dégage 14,5 milliards de chiffres d'affaire par an.
A Berlin, il y aurait 500 bordels, dans la modeste bourgade d'Osnabrück on en estime le nombre à 70, dans la petite Sarre, il y en aurait 270. Les bordels de la Sarre sont visités par beaucoup de Francais. Dans les environs de l'aéroport de Schönefeld, des clients viennent d''Angleterre et d'Italie.
Les organisateurs de voyage offrent jusqu'à des tours de 8 jours dans des bordels allemands. Les excursions seraient "légales" et "sûres" est-il écrit sur un site à ce sujet. On y promet aux intéressés jusqu'à 100 femmes totalement nues" qui portent des chaussures à talons aiguille. Pour le parcours depuis l'aéroport aux clubs, une BMW est mise à disposition (plus sur le tourisme sexuel en Allemagne sur SPIEGEL TV le 9 juin à 22.15 h. sur RTL).
[suite]
À côté de Clubs dit naturistes ou saunas - les clients portent une serviette autour des hanches, les femmes sont nues - c'est là que les grands bordels se sont implantés. Ils font de la publicité pour des tarifs "tout inclusif". Lorsqu'en 2011, le Pussy-Club a ouvert à côté de Stuttgart, les tenanciers distribuaient de la pub : "Du sexe avec toutes les femmes aussi longtemps que tu veux, aussi souvent que tu veux et comme tu veux. Sexe, Sexe anal. Sexe oral. Nature. Sexe de groupe à 3. Gangbang". Pour 70 euros la journée, 100 le soir.
Selon la police, le weekend de l'ouverture ce sont 1700 clients qui répondirent à l'offre. Des bus vinrent de loin.  Les journaux locaux écrivirent qu'il y avait un queue de près de 700 hommes devant le bordel. Sur les forums d'internet, les clients s'échangèrent leur opinion sur le service qui aurait été insuffisant : après quelques heures les femmes n'auraient plus fonctionné que de facon limitée.

Le commerce serait devenu plus dur, dit une travailleuse de rue de Nuremberg, Andrea Weppert, qui s'occupe depuis 20 ans de prostituées. Le nombre des prostituées aurait triplé. Plus de la moitié des prostituées n'auraient pas d'appartement mais voyageraient de ci de là selon qu'elles penseraient pouvoir gagner un peu plus.
Aujourd'hui, il y aurait un "grand pourcentage de prostituées qui n'auraient pas de soirées de libre, ne pourraient pas rentrer à la maison mais devraient se tenir en permanence sur leur lieu de travail" comme une ex-prostituée dont le pseudonyme, Doris Winter, le décrit pour un dossier scientifique intitulé "la loi sur la prostitution". "Les femmes habitent majoritairement dans la pièce où elles travaillent". 
À Nuremberg, cette pièce coûte de 50 à 80 euros par jour, dit la travailleuse de rue, Andrea Weppert. Dans les maisons de passes, où il y a beaucoup de clients le prix de la chambre peut aller jusqu'à 160 euros/jour. Les conditions de travail auraient "empiré ces dernières années". Dans l'ensemble, en Allemagne, il y aurait "plus de services pour moins d'argent dans des conditions beaucoup plus risquées qu'il y a dix ans".
Que les femmes affluent sur le grand marché de la prostitution, même les tenanciers de bordel le confirment. Holger Rettig de l'UEGD dit que depuis l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'UE, l'arrivée de femmes de ces pays a beaucoup augmentée. "Cela a conduit à une chute des prix", dit Rettig. Dans la prostitution règnerait une "logique mercantile radicale, pas sociale".
Le président de la police munichoise, Wilhelm Schmidbauer, se plaint du "trafic humain en provenance de Roumanie et de Bulgarie (qui) a explosé" Mais il n'a aucun moyen pour enquêter. Il n'a pas le droit de recourir à l'écoute téléphonique. "Résultat : il n'y a pratiquement aucune plainte concernant un trafic humain" dit Schmidbauer. "Nous ne pouvons rien prouver".
C'est ainsi qu'il est quasiment impossible de suivre la trace qui conduit des coins les plus misérables d'Europe où se trouve de la marchandise fraîche jusqu'aux bordels allemands. Marchandise comme Sina. Elle a raconté aux psychologues du centre d'informations pour les femmes de Stuttgart son chemin jusqu'aux bordels forfaitaires d'Allemagne.
Corhana, son village roumain d'origine, qui se trouve à la frontière de la Moldavie, ne possède aucun réseau hydraulique. Sina et les autres filles allaient tous les jours à la fontaine. C'était une scène comme dans "Cendrillon" : à la fin, toutes rêvaient de l'homme qui allait venir les tirer de leur triste quotidien.
L'homme qui passa finalement à côté de la fontaine avec sa grosse BMW s'appelait Marian. Sina tomba amoureuse de lui au premier regard. Il parla de travail en Allemagne, ses parents signèrent le formulaire dont elle avait besoin pour voyager étant mineure.Lors de la traversée en bateau en Rhénanie-Palatinat, il lui donna de l'alcool et coucha avec elle.
Marian la livra ensuite au bordel forfaitaire "No limit". Sina avait juste 16 ans et dut servir jusqu'à 30 hommes par jour. De temps en temps, elle recevait une ou deux centaines d'euros. Un moment donné, Marian la renvoya en Roumanie de peur des contrôles de police. Mais elle revint et continua. Le conte ne s'appelait plus "Cendrillon" mais "Pretty Woman". Elle espérait qu'un client tomberait amoureuse d'elle et la délivrerait.
Est-ce que la loi sur la prostitution a amélioré la vie de femmes comme Sina ? La ministre de la famille fit faire, cinq ans après, une évaluation pour déterminer ce qu'avait apporté la loi sur la prostitution. Dans le compte-rendu, il est écrit que le but ne serait atteint que de facon "assez limitée". La libéralisation de la prostitution n'aurait "pas eu d'effet vraiment mesurable sur l'amélioration des conditions de sécurité sociale des prostituées". Pas plus les conditions de travail que les possibilités d'en sortir n'auraient progressé. Et pour ce qui est "d'un effet de diminution de la criminalité" par cette loi, il n'y aurait "jusqu'à présent aucune preuve tangible".
Il n'y a guère de tribunal qui peut témoigner d'une plainte déposée par une prostituée sur son salaire. Seul 1% des prostituées disent avoir signé un contrat de travail. Cela n'a servi à rien de la part du syndicat Ver.di d'avoir concu un formulaire modèle "dans le domaine des services sexuels". Lors d'un questionnaire de Ver.di, une tenancière de bordel (elle voulait se prémunir d'une descente) affirma qu'il y avait dans cette loi plus d'avantages pour les tenanciers de bordel que pour les prostituées.
Si quelqu'un, en Allemagne, veut ouvrir une baraque à frites ambulante, il/elle doit se conformer à la norme DIN 10500/1 pour "véhicule de commerce pour aliments facilement périssables" dans laquelle il est écrit qu'il doit s'y trouver un distributeur de savon et des serviettes jetables. Un tenancier de bordel n'a pas  de contrainte de cette sorte : il doit juste dire quand il ouvre sa boutique.
Les prostituées continuent à ne pas rendre public leur existence auprès de l'administration [en Allemagne, il est obligatoire pour avoir un logement de s'inscrire à la police du quartier. C'est cela que ne font pas les prostituées, ce qui leur enlève d'ailleurs pas mal de droits comme, par exemple, celui d'accéder à une assurance sociale NDLT]. À Hambourg avec son célèbre Reperbahn [quartier de la prostitution NDLT] seules 153 femmes ont suivi le réglement et se sont inscrites au fisc de la ville de la Hanse ["ville de la Hanse" = (ici) synonyme de "Hambourg" NDLT]. L'État veut que les prostituées paient des impôts. Doit-il en contrepartie établir des règles pour ce métier ?
Quel rôle étrange l'État s'est-il choisi, c'est ce que l'on peut observer dans les rues  de Bonn. Le soir, les femmes doivent retirer un ticket du fisc à un distributeur automatique pour prostituées, valable jusqu'au lendemain matin 6.00 h. Le ticket coûte six euros.
Dans le nord de Cologne, où la ville possède un trottoir près de la Geestemünder Straße pas loin de l'usine Ford,  on ne prélève pas d'impôt. C'est un projet social. Sous le toit d'une grange, on a installé des box pour la prostitution. Il manque un panneau indiquant "trottoir" ; un panneau devant l'aire grillagée où l'on ne rentre qu'au maximum à 10 à l'heure et ressort dans le sens des aiguilles d'une montre.
Le long du bord intérieur, ce soir glacé de printemps, 20 femmes sont là, quelques unes ont apporté un siège de camping, d'autres sont assises dans une cabine de bus recyclée. Lorsqu'un client s'est entendu avec une prostituée, il se rend en voiture dans l'un des box : sous le toit de grange, il y en a 8 de cette sorte, et, pour les cyclistes et les piétons, une pièce spéciale avec un sol en béton ou un banc de parc. Dans chaque box, il y a un bouton d'alarme, le service social des femmes catholiques est tous les soirs sur place.
Alia, une femme de 23 ans, avec une perruque blonde et engoncée dans un corsage, tente de dissimuler son haleine sentant l'alcool à l'aide d'un bonbon à la menthe. Alia dit d'elle et de ses collègues : "Qui travaille ici, a de sacrés problèmes" [elle veut dire : "psychologiques", NDLT].
Le chemin d'Alia jusqu'à la Geestemünder Straße part de l'école qu'elle a abandonnée et d'un copain chez qui elle s'est installée et qui l'a envoyée se prostituer. Elle aurait commencé à se prostituer par "manque d'argent et par amour". Marijuana, cocaine, amphétamine et alcool s'y sont ajoutés. "Il n'y a pas de prostitution sans contrainte ni détresse" dit-elle. Cela fait trois ans qu'elle est là. "Une femme qui va bien ne fait pas ce travail".
40 euros, ce fut jadis le tarif des relations vaginales et orales dans la Geestemünder Straße. Mais quand Dortmund a fermé son trottoir, il est venu plus de femmes à Cologne, dit Alia. "Il y en a de plus en plus et elles abaissent de plus en plus les prix de facon à avoir au moins quelque chose", se plaint-elle. Les Bulgares et les Roumaines prendraient parfois moins de 10 euros. "Il y en a une ici qui le fait même pour un Big Mac".
Mais les femmes d'Europe de l'Est ne travaillent guère dans la Geestmünder Straße. Les contrôles réguliers de passeport par la police les en ont chassées - alors que ces contrôles devaient permettre de trouver et de protéger les victimes de trafic humain et de prostitution forcée. Maintenant les filles travaillent sur le trottoir de Cologne-Sud. Mais les prix se détériorent au nord comme au sud.

La fondatrice du "groupe de travail sur le trafic humain" au congrès US, Caroline Maloney, déclara en 2007 à propos des suites de la légalisation de la prostitution autour de la ville du jeu, Las Vegas dans le Nevada, "Nous avons été naifs de croire que la prostitution légale améliorerait la vie des prostituées, ferait disparaître la prostitution située hors des circuits légaux, et aurait éloigné de ce commerce les organisations criminelles", dit la femme politique du parti démocrate "comme tous les contes de fées cette croyance s'est avérée relever de la pure imagination".
Les enquêteurs du milieu se plaignent de n'avoir aucune possibilité d'entrer dans les bordels.L'Allemagne serait devenue "le centre de l'exploitation sexuelle des jeunes femmes d'Europe de l'Est et le champ d'action des groupements mafieux du monde entier" d'après l'inspecteur criminel en retraite, Manfred Paulus de Ulm, qui fut autrefois enquêteur dans le milieu de la prostitution et s'occupe maintenant d'avertir les femmes de Bulgarie et de Biélorussie de ne pas se laisser entraîner en Allemagne.
D'après les statistiques, l'Allemagne n'aurait aucun problème avec la prostitution et le trafic humain. Selon la police criminelle (BKA), on a recensé, en 2011, exactement 636 cas de "trafic humain avec projet d'exploitation sexuelle", presque un tiers de moins que dix ans auparavant. 13 des victimes avaient moins de 14 ans, les 77 autres n'avaient pas encore 18 ans.
Il y aurait beaucoup de femmes des pays de l'UE "dont la situation est soupconnée de relever du trafic humain, cependant les preuves sont difficiles à rassembler" d'après la BKA. Tout dépend donc des témoignages des femmes. Sauf que "principalement les victimes présumées de Roumanie et Bulgarie, montrent peu de volonté de coopérer avec la police et les centres de conseil". Et si les femmes arrivent tout de même à témoigner de quelque chose, elles se rétractent plus tard".
Une étude de l'institut Max Planck sur le droit pénal international et étranger assure que les chiffres officiels concernant le trafic humain ne témoignent guère "de l'ampleur véritable du délit".
La commissaire européenne Cecilia Malmström a déposé il y a peu un compte-rendu sur le trafic humain, dans lequel on dénombre 23 600 victimes, les 2/3 exploitées sexuellement. La Suédoise voit là un signe que les bandes criminelles étendent leur commerce. Malgré cela le nombre de cas jugés diminuent parce que la police ne peut rien faire. Malström enjoint l'Allemagne à faire plus d'effort.
Mais que faire puisque la loi allemande sur la prostitution soutient les trafiquants ? La loi n'aurait-elle pas d'ailleurs développé la prostitution et ainsi le trafic humain ?
Axel Dreher, professeur de politique de développement économique internationale, titulaire d'une chaire à l'université de Heidelberg, a essayé de répondre à cette question. Dreher a examiné les statistiques de 150 pays, ses données étaient imprécises, comme tout dans ce domaine, mais il a pu isoler une tendance : là où la prostitution est légale il y a plus de trafic humain qu'ailleurs. 
La plupart des femmes qui arrivent dans la prostitution en Allemagne ne sont pas kidnappées dans la rue, la plupart d'entre elles ne croient pas sérieusement qu'elles vont travailler ici comme marchandes de petits pains. Souvent elles suivent volontairement, comme Sina, un homme dont elles sont tombées amoureuses, ou elles savent, comme Alina, qu'il s'agit de prostitution. Mais elles ne savent pas l'horreur qui les attend et qu'il ne restera presque rien de leur argent.   
Là-dessus s'ajoutent des cas terrifiants. En décembre, le film "Filles jetables" de la série "Tatort" [= "Lieu du crime" [NDLT] de Hanovre a choqué le public télévisuel. Des proxénètes jetaient après une orgie sexuelle deux jeunes femmes grièvement blessées dans une poubelle comme des détritus. Quelques jours seulement après cette projection la police munichoise trouvait sur un petit carré de pelouse de Munich une chose humaine gémissante à peine vêtue.
Elle avait 18 ans et s'était enfuie d'un bordel. La Roumaine raconta à la police qu'elle avait été abordée dans la rue de son village natale par trois hommes et deux femmes. Les inconnus lui auraient promis un job comme bonne d'enfants. Lorsqu'elle est arrivée à Munich, ils lui auraient bandé les yeux et l'aurait conduite dans une cave blindée dont la porte ne s'ouvrait qu'avec un code de sécurité.
Dans la pièce sombre d'autres filles étaient assises sur des lits superposés, derrière le mur, on entendait de l'eau couler. La police suppose que la cache se situe dans une usine vide près de l'Isar. Les hommes l'ont violées puis battus lorsqu'elle a refusé de travailler dans un bordel.
La police n'était d'abord pas sûre de la véracité de l'histoire. Mais la fille se souvenait des noms des proxénètes. Ils ont été arrêtés et mis en garde-à-vue. Mais comme ils se taisent, la police n'a pas pu trouver la cache sinistre jusqu'à aujourd'hui. La Roumaine a été placée quelque part dans un programme de protection des témoins. 

Parfois, les filles sont envoyées par leur famille. Comme Cora de Moldavie (suite et fin ici).
             

vendredi 31 mai 2013

Heidi Horror Picture Show


Nackter Protest beim Finale von

Intervention des Femen pendant l'atroce émission télévisée des esclaves femelles (et contentes de l'être) : "Germany's next Topmodel" animée par Heidi Klum.

Les Femen ont été très vite sorties et la caméra s'est dirigée ailleurs mais elles étaient là et cela a un sens.

Réaction de Heidi Klum (la tête-de-mort blonde) : J'ai rêvé ou j'ai vu des seins nus ? Non, je crois que j'ai rêvé.

Quand on compare les tenues archi ridicules de ces porte-manteaux ambulants (manches et colliers métalliques (symbolisant les chaînes de l'esclavage ?) et maillot-string), on voit à quel point l'action seins nus des Femen est subversive.

Ici, l'une de ces émissions où Heidi Klum joue le rôle de la mère maquerelle (ou de la rabatteuse) qui sélectionne les filles les plus douées pour sourire et se contorsionner en état de sous-alimentation permanent. Cette émission est un crime contre les jeunes filles allemandes. Merci Les Femen d'être intervenues !

Voici la gagnante du dernier show (répondant au nom très spirituel de Lovelyn (16 ans))  :

Lovelyn Enebichi lebt ohne Terminkalender - gntm-lovelyn-enebechi-q
Foto: Thomas Lohnes / Getty Images
Quelle est bêêêêlle (surtout sa "robe") ! Les services de psychiatrie allemands qui se remplissent de plus en plus de filles souffrant de graves symptomes de dépréciation de soi comme l'anorexie, interdit à ses patientes de regarder ce show. Il représente un facteur de  stress énorme pour les adolescentes, expliquent t-ils.  

jeudi 30 mai 2013

Bordel Allemagne

Bordel Allemagne 
Comment l'État encourage la traite des femmes et la prostitution.

Titre intérieur : PIÈGE À FEMMES - on les leurre depuis l'Europe de l'Est vers l'Allemagne où elles sont obligées de se vendre pour quelques euros. De nombreuses femmes travaillent dans des conditions indignes - mais l'État soutient les trafiquants et les proxénètes (p.56).

(Dossier prostitution accablant pour l'Allemagne à l'intérieur du dernier numéro du magazine Spiegel. Pendant que la Propaganda Staffel cannoise de la misogynie la plus crasse nous vend la prostitution comme un fantasme naturel à la femme (dixit un homo mâle), les médias allemands se font de plus en plus critiques envers la politique allemande autour de la prostitution).

mardi 28 mai 2013

Les lesbiennes hétéros

Attention collision de poissons rouges ! Même un.e hétéro peut voir que ces deux femmes n'ont aucune idée du désir lesbien. L'amour lesbien joué par des hétéros c'est comme des Noir.e.s joué.e.s par des Blanc.he.s, commes des femmes jouées par des hommes : une supercherie. De plus, pourquoi l'autrice de la BD à la base du film primé a t-elle été caché.e au public ?

"Lesbophobie" (doublée de sexisme) ?

 (Détail de l'affiche (2012) de "Ich bin nicht Rappaport" au Schlossparktheater de Berlin (le Blanc barbouillé de fond de teint noir à la place d'un acteur noir a fait scandale (ici). Alibi du directeur du théâtre : on n'a pas trouvé d'acteur noir. Comme Gilles Jacob et Thierry Frémeaux qui ne trouvent pas de femmes qui réalisent des films. Comme Kéchiche quui ne trouve pas d'actrices lesbiennes (quant aux réalisatrices lesbiennes noires, c'est tout simplement un non-sujet)).